LA SUITE DU MENTEUR, ACTE IV, SCÈNE IL
On s'estime, on se cherche, on s'aime en un moment; Tout ce qu'on s'entredit persuade aisément ; Et sans s'inquiéter d'aucunes peurs frivoles , La foi semble courir au-devant des paroles; La langue en peu de mots en explique beaucoup ; Les yeux, plus éloquents, font tout voir toutd'un coup; Et de quoi qu'à l'envi tous les deux nous instruisent, Le cœur en entend plus que tous les deux n'en disent.
LYSE
Si , comme dit Sylvandre, une âme en se formant • , Ou descendant du ciel , prend d'une autre l'aimant , La sienne a pris le vôtre, et vous a rencontrée.
MÉLISSE
Quoi ! tu lis les romans ?
LYSE
Je puis bien lire Astrée; Je suis de son village , et j'ai de bons garants Qu'elle et son Céladon étaient de mes parents.
MÉLISSE
Quelle preuve en as-tu ?
LYSE
Ce vieux saule, madame, Où chacun d'eux cachait ses lettres et sa flamme , Quand le jaloux Sémire en fit un faux témoin. Du pré de mon grand-père il fait encor le coin ; Et l'on m'a dit que c'est un infaillible signe Que d'un si rare hymen je viens en droite ligne. Vous ne m'en croyez pas ?
MÉLISSE
De vrai , c'est un grand point.
LYSE
Aurais-je tant d'esprit , si cela n'était point ?
D'où viendrait cette adresse à faire vos messages ,
A jouer avec vous de si bons personnages ,
Ce trésor de lumière et de vivacité ,
Que d'un sang amoureux que j'ai d'eux hérité.'
MÉLISSE
Tu le disais tantôt, chacun a sa folie ;
Les uns l'ont importune, et la tienne est jolie.