‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 771 sur 1093 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

CLÉORULE, THÉODORE.

CLÉOBULE

Tandis , permettez-moi de vous entretenir.

Et de blâmer un peu cette vertu farouche ,

Cette insensible humeur qu'aucun objet ne touche.

D'où naissent tant de feux sans pouvoir l'enflammer,

Et qui semble haïr quiconque l'ose aimer.

Je veux bien avec vous que dessous votre empire Toute notre jeunesse en vain brûle et soupire ; J'approuve les mépris que vous rendez à tous : Le ciel n'en a point fait qui soient dignes de vous ; Mais je ne puis souffrir que la grandeur romaine S'abaissant à vos pieds ait part à cette haine , Et que vous égaliez par vos durs traitements Ces maîtres de la terre aux vulgaires amants. Quoiqu'une âpre vertu du nom d'amour s'irrite, Elle trouve sa gloire à céder au mérite ; Et sa sévérité ne lui fait point de lois Qu'elle n'aime à briser pour un illustre choix. Voyez ce qu'est Valens , voyez ce qu'est Placide , Voyez sur quels États l'un et l'autre préside , Où le père et le fils peuvent un jour régner ; Et cessez d'être aveugle, et de le dédaigner.

THÉODORE

Je ne suis point aveugle , et vois ce qu'est un homme Qu'élèvent la naissance , et la fortune , et Rome ; Je rends ce que je dois à l'éclat de son sang ; J'honore son mérite , et respecte son rang ; Mais vous connaissez mal cette vertu farouche De vouloir qu'aujourd'hui l'ambition la touche. Et qu'une âme insensible aux plus saintes ardeurs

et Racine seul est parvenu à répandre des fleurs sur cette route trop commune, et à embellir cette stérilité misérable. Il est à croire que le génie de Corneille aurait pris une autre voie , s'il avait pu secouer le joug, si l'on avait représente la tragédie ailleurs que dans un vil jeu de paume , oii les courtauds de boutique allaient pour cinq sous ; si la nation avait eu quelque connaissance de l'antiquité ; si Paris avait pu alors avoir quelque chose d'Athènes. (V.)

' -S« malade et Marcelle , qu'on verra venir dans nn moment ou deux, sont toujours le style de la comédie. (V.)

2 Cette scène, aux vices de la diction près , n'est pas répréhensible; les sentiments et le caractère de Théodore s'y développent. (V.)

Page 1