‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 772 sur 1093 · THÉODORE, ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

THÉODORE, ACTE II, SCÈNE III

Cède honteusement à l'éclat des grandeurs.

Si cette fermeté dont elle est ennoblie

Par quelques traits d'amour pouvait être affaiblie ,

]\Ion cœur, plus incapable encor de vanité ,

Ne ferait point de choix que dans l'égalité;

Kt rendant aux grandeurs un respect légitime ,

J'honorerais Placide , et j'aimerais Didyme.

CLÉOBULE

Didyme , que sur tous vous semblez dédaigner !

THÉODORE

Didyme , que sur tous je tâche d'éloigner, Kt qui verrait bientôt sa flamme couronnée Si mon âme à mes sens était abandonnée, Et se laissait conduire à ces impressions Que forment en naissant les belles passions. (]nnmie cet avantage est digne qu'on le craigne , IMus je penche à l'aimer, et plus je le dédaigne ; Et m'arme d'autant plus , que mon cœur en secret Voudrait s'en laisser vaincre , et combat à regret. .Te me fais tant d'effort lorsque je le méprise , Que par mes propres sens je crains d'être surprise ; J'en crains une révolte, et que, las d'obéir, Comme je les trahis , ils ne m'osent trahir.

Voilà , pour vous montrer mon âme toute nue , Ce qui m'a fait bannir Didyme de ma vue : Je crains d'en recevoir quelque coup d'œil fatal , Et chasse un ennemi dont je me défends mal. Voilà quelle je suis , et quelle je veux être ; La raison quelque jour s'en fera mieux connaître : Nommez-la cependant vertu , caprice , orgueil , Ce dessein me suivra jusque dans le cercueil.

CLÉOBULE

Il peut vous y pousser, si vous n'y prenez garde. D'un œil envenimé Marcelle vous regarde; l'-t se prenant à vous du mauvais traitement Que sa fille à ses yeux reçoit de votre amant , Sa jalouse fureur ne peut être assouvie A moins de votre sang, à moins de votre vie : Ce n'est plus en secret que frémit son courroux , Elle en parle tout haut , elle s'en vante à nous , Elle en jure les dieux ; et ce que j'appréhende , Pour ce triste sujet sans doute elle vous mande. Dans un péril si grand faites un protecteur.

THÉODORE

Si je suis en péril , Placide en est l'auteur ; li'amour qu'il a pour moi lui seul m'y précipite ; C'est par là qu'on me hait , c'est par là qu'on s'irrite. On n'en vent qu'à sa flamme, on n'en veut qu'à son choix ; C'est contre lui qu'on arme ou la force ou les lois. Tous les vœux qu'il m'adresse avancent ma ruine. Et par une autre main c'est lui qui m'assassine. Je sais quel est mon crime , et je ne doute |)as Du prétexte qu'aura l'arrêt de mon trépas ; [ dise , Je l'attends sans frayeur : mais , de quoi qu'on in'ac-

S'il portait à Flavie un cœur que je refuse ,

Qui veut finir mes jours les voudrait protéger,

Et par ce changement il ferait tout changer.

IMais mon péril le flatte ; et son cœur en espère

Ce que jusqu'à présent tous ses soins n'ont pu taire ;

Il attend que du mien j'achète son appui :

J'en trouverai peut-être un plus puissant que lui ;

Et s'il me faut périr, dites-lui qu'avec joie

Je cours à cette mort où son amour m'envoie ,

Et que, par un exemple assez rare à nommer,

Je périrai pour lui , si je ne puis l'aimer.

CLÉOBULE

Ne vous pas mieux servir d'un amour si fidèle, C'est...

Quittons ce discours, je vois venir Marcelle '.

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