PAULIN, CLÉOBULE
PAULIN
Oui , Valens pour Placide a beaucoup d'indulgence;
Il est Miênie en secret de son intelligence :
C'était par cet arrêt lui qu'il considérait ;
Et je vous ai conté ce qu'il en espérait.
ftlais il hait des chrétiens l'opiniâtre zèle ;
Et s'il aime Placide, il redoute ^Marcelle;
Il en sait le pouvoir, il en voit la fureur;
l'-t ne veut pas se perdre auprès de l'empereur :
11 ne veut pas périr pour conserver Didyme ;
l'uisqu'il s'est laissé prendre, ilpaîra pour son crime.
Valens saura punir son illustre attentat
Par inclination et par raison d'État;
Et si quelque malheur ramène Théodore ,
A moins qu'elle renonce à ce Dieu qu'elle adore,
Dût Placide lui-même après elle en mourir,
Par les mêmes motifs il la fera périr.
Dans l'àme il est ravi d'ignorer sa retraite,
11 fait des vœux au ciel pour la tenir secrète;
11 craint qu'un indiscret la vienne révéler,
Et n'osera rien plus que de dissimuler.
CLÉOBULE
Cependant vous savez , pour grand que soit ce crime ,
Ce qu'a juré Placide en faveur de Didyme.
Piqué contre IMarcelle , il cherche à la braver.
Et hasardera tout afin de le sauver.
Il a des amis prêts, il en assemble encore;
Et si quelque malheur vous rendait Théodore,
.Te prévois des transports en lui si violents,
Que je crains pour Marcelle et même pour Valens.
Mais a-t-il condamné ce généreux coupable?
PAULIN
11 l'interroge encor, mais en juge implacable.
CLÉOBULE
Il m'a permis pourtant de l'attendre en ce lieu , Pour tacher à le vaincre, ou pour lui dire adieu. Ah ! qu'il dissiperait un dangereux orage, S'il voulait à nos dieux rendre le moindre hommage !
PAULIN
Quand de sa folle erreur vous l'auriez diverti ,
En vain de ce péril vous le croiriez sorti.
Elavie est aux abois, Théodore échappée
D'un mortel désespoir jusqu'au cœur l'a frappée;
Marcelle n'attend plus que son dernier soupir :
Jugez à quelle rage ira son déplaisir;
Et si , comme on ne peut s'en prendre qu'à Didyme,
Son époux lui voudra refuser sa victime.
CLIiOBlLE.
Ah ! Paulin, un chrétien à nos autels réduit Fait auprès des Césars un trop précieux bruil ; Il leur devient trop cher pour souffrir qu'il périsse. Mais je le vois déjà qu'on amène au supplice.
SCÈiNE IL