CLÉOPATRE, ANTIOCHUS, SÉLEUCUS, LAONICE
CLÉOPATRE
I\tes enfants, prenez place. Enfin voici le jour
Si doux à mes souhaits , si cher à mon amour,
Où je puis voir briller sur une de vos tctes
Ce que j'ai conservé parmi tant de tempêtes ,
Et vous remettre un bien, après tant de malheurs ,
Qui m'a coûté pour vous tant de soins et de pleurs '.
Il peut vous souvenir quelles furent mes larmes
Quand Tryphon me donna de si rudes alarmes.
Que, pour ne vous pas voir exposes à ses coups ,
II fallut me résoudre à me priver de vous. [tes !
Quelles peines depuis , grands dieux ! n'ai-je souffer-
Chaque jour redoubla mes douleurs et mes pertes.
Je vis votre royaume entre ces murs réduit ;
Je crus mort votre père ; et sur un si faux bruit
Le peuple mutiné voulut avoir un maître.
J'eus beau le nommer lâche, ingrat, parjure, traître,
tl fallut satisfaire à son brutal désir 2,
Et de peur qu'il n'en prît, il m'en fallut choisir^.
Pour vous sauver l'État que n'eussé-je pu faire 4?
Je choisis un époux avec des yeux de mère ,
Votre oncle Antiochus, et j'espérai qu'en lui
Votre trône tombant trouverait un appui ;
IMais à peine son bras en relève la chute.
Que par lui de nouveau le sort me persécute *:
Maître de votre État par sa valeur sauvé,
Il s'obstine à remplir ce trône relevé :
Qui lui parle de vous attire sa menace.
Il n'a défait Tryphon que pour prendre sa place ;
' Il faut éviter ces répétitions , à moins qu'on ne les emploie comme une iif;nn;, comme un Irope qui doit augmenter l'intérêt ; mais ici ce n'est qu'une négligence. (V.)
* Brutal désir est l)as , et convient à toute autre chose qu'au désir d'avoir un roi. (V.)
3 II faut, dans la rigueur, de peur qu'il n'en prtl nn, parce qu'il s'agit ici d'un roi, et non pas d'un nom générique. (V.)
4 Ce n'est pas français ; on ne peut dire :7V vous sauvai VÉtal, le peuple , la nation , au lieu dey»- conservai vos droits ; on dit : je vous ai sauvé votre fortune , parce que votre fortune vous appartenait; vous la perdiez sans moi ij'ai sauvé l'Étal, mais non je vous ai sauvé l'État. (V.)
5 On ne relève point une chute; on relève un trrtne tombé. Le reste du discours de Cléopàtre est très-artificieux, et plein de grandeur. Il semble que Racine l'ait pris en ((ueiiiue chose pour modèle du grand discours d'Agrip))ine à Néron ; mais la situation de(;iéopàtre est bien plus frappante que celle d'.\grii)pine ; l'intérêt est beaucoup plus grand, et la scène bien autrement in téressante.(V.)
Et de dépositaire et de libérateur
Il s'érige en tjTan et lâche usurpateur.
Sa luain l'en a puni : pardonnons à son ombre ;
Aussi bien en un seul voici des maux sans nombre.
Nicanor votre père, et mon premier époux... Mais pourquoi lui donner encor des noms si doux, Puisque, l'ayant cru mort , il sembla ne revivre Que pour s'en dépouiller afin de nous poursuivre? Passons; je ne me puis souvenir sans trembler Du coup dont j'empêchai qu'il nous piît accabler ' ; Je ne sais s'il est digne ou d'honneur ou d'estime , S'il plut aux dieux ou non , s'il fut justice ou crime; Mais, soit crime ou justice, il est certain, mes fils, Que mon amour pour vous fit tout ce que je fis : Ni celui des grandeurs, ni celui de la vie Ne jeta dans mon cœur cette aveugle furie. J'étais lasse d'un trône où d'éternels malheurs Me comblaient chaque jour de nouvelles douleurs. Ma vie est presque usée, et ce reste inutile Chez mon frère avec vous trouvait un silr asile : Mais voir, après douze ans et de soins et de maux, Un père vous ôter le fruit de mes travaux ! Mais voir votre couronne après lui destinée Aux enfants qui naîtraient d'un second hyménée! A cette indignité je ne connus plus rien; Je me crus tout permis pour garder votre bien ^. Recevez donc , mes fils , de la main d'une mère , Un trône racheté par le malheur d'un père. Je crus qu'il fit lui-même un crime en vous l'ôtant, Et si j'en ai fait un en vous le rachetant , Daigne du juste ciel la bonté souveraine, Vous en laissant le fruit, m'en réserver la peine, Ne lancer que sur moi les foudres mérités, Et n'épandre sur vous que des prospérités !
ANTIOCHUS
Jus(iues-ici , madame , aucun ne met en doute 3 Les longs et grands travaux que notre amour vous Et nous croyons tenir des soins de cet amour [coïke; Ce doux espoir du trône aussi bien que le jour • ; Le récit nous en charme, et nous fait mieux compremho Quelles grâces tous deux nous vous en devons rendre : Mais afin qu'à jamais nous les puissions bénir, Épargnez le dernier à notre souvenir;
1 II semble , par celle phrase , que Cléopàtre trembla du coup que voulait porter Nicanor, et qu'elle l'cmpécha de porter ce coup : (Ile veut dire le contraire. (V.)
2 n faillit /)()(//• vous f/arder votre bien. (V.)
5 Ce discours d'Antiochus est d'une bienséance qui lui gagne tous les cœurs. — S'il y a notre amour (toutes les éditions le portent), c'est un barbarisme : notre amour ne peut jamais signilicr l'amour (|ue vous avez pour nous; s'il y a votre amour, il peutsignilier l'amour de Cléopàtre pour ses enfants. (V.)
4 Un doux espoir du trône qu'on tient du soin d'un amour ' (V.)
RODOGUNE, ACTE H, SCENE III
Ce sont fatalités dont l'âme embarrassée ' A plus qu'elle ne veut se voit souvent forcée '. Sur les noires couleurs d'un si triste tableau Il faut passer l'éponge, ou tirer le rideau ^ : Un fils est criminel quand il les examine ; Et quelque suite enfin que le ciel y destine 4 , J'en rejette l'idée , et crois qu'en ces malheurs Le silence ou l'oubli nous sied mieux que les pleurs. Nous attendons le sceptre avec même espérance ; Mais si nous l'attendons , c'est sans impatience : Nous pouvons sans régner vivre tous deux contents ; C'est le fruit de vos soins, jouissez-en longtemps : Il tombera sur nous quand vous en serez lasse ; Nous le recevrons lors de bien meilleure grâce; Et l'accepter si tôt semble nous reprocher De n'être revenus que pour vous l'arracher.
SÉLEUCUS
J'ajouterai, madame , à ce qu'a dit mon frère ^ Que, bien qu'avec plaisir et l'un et l'autre espère ^ , L'ambition n'est pas notre plus grand désir?. Régnez, nous le verrons tous deux avec plaisir; Et c'est bien la raison que pour tant de puissance Nous vous rendions du moins un peu d'obéissance 8, Et que celui de nous dont le ciel a fait choix Sous votre illustre exemple apprenne l'art des rois.
CLÉOPATKE.
Dites tout, mes enfants : vous fuyez la couronne, Non que son trop d'éclat ou son poids vous étonne; L'unique fondement de cette aversion , C'est la honte attachée à sa possession. Elle passe à vos yeux pour la même infamie, S'il faut la partager avec notre ennemie 9,
* Il faudrait au moins des fatalités ; mais des fatalités dont l'àme est embarrassée ! une femme qui débute sans raison par avouer à ses enfants qu'elle a tué leur père, doit leur causer pi us que de l'embarras. (V.)
* Souvent est de trop. (V.)
3 On sent assez que cette alternative d'épongé et de rideau fait un mauvais effet : il ne faut employer l'alternative que quand on propose le choix de deux partis ; mais on ne propose point , en parlant à sa reine et à sa mère, le choix de deux expressions. De plus , ces expressions un peu triviales ne sont pas dignes du style tragique. Il en faut dire autant de la suite que le ciel destine à ces noires couleurs. (V.)
4 Le ciel qui destine une suite ! (V.)
5 Séleucus ne parle pas si bien que son frère ; il dit f ({jouterai, et il n'ajoute rien. (V.)
6 Que bien qu'avec est trop rude à l'oreille ; on ne dit point it l'un et l'autre, à moins que le premier et ne lie la phrase.
7 L'ambition est une passion , et non un désir. (V.)
* Cest bien la raison est du style de la comédie. Pour tant de puissance ne forme pas un sens nef ; est-ce pour la puissance de la reine? est-ce pour la puissance de ses enfants, qui n'en ont aucune? est-ce pour celle qu'aura l'un d'eux? (V.)
9 Ces vers ne forment aucun sens ; la honte passe à vos yeux pour la même infamie , si un indigne hymen la fait retomber sur
Et qu'un indigne hymen la fasse retomber Sur celle qui venait pour vous la dérober'.
O nobles sentiments d'une âme généreuse ! O fils vraiment mes fils ! ô mère trop heureuse! Le sort de votre père enfin est éclairci : Il était innocent , et je puis l'être aussi ; 11 vous aima toujours et ne fut mauvais père Que charmé par la sœur, ou forcé par le frère ; Et dans cette embuscade où son effort fut vain , Rodogune, mes fils, le tua par ma main'. Ainsi de cet amour la fatale puissance Vous coûte votre père , à moi , mon innocence ^ ; Et si ma main pour vous n'avait tout attenté , L'effet de cet amour vous aurait tout coûté. Ainsi vous me rendrez l'innocence et l'estime^, Lorsque vous punirez la cause de mon crime. De cette même main qui vous atout sauvé, Dans son sang odieux je l'aurais bien lavé ; Mais comme vous aviez votre part aux offenses , Je vous ai réservé votre part aux vengeances ; Et , pour ne tenir plus en suspens vos esprits , Si vous voulez régner, le trône est à ce prix s.
celle qui venait, etc. Le défaut vient principalement de la même infamie, qui n'est pas français , et de ce que ce pronom elle, qui se rapporte par le sens à couronne, est joint à honte par la construction. (V.)
' Est-il vraisemblable que Cléopâtre n'ait pas soupçonné que ses enfants pouvaient aimer Rodogune? peut-elle imaginer qu'ils ne veulent point régner avec Rodogune , parce que leur père a voulu autrefois l'épouser? Rodogune sera-t-elle autre chose que femme du roi? Celui qui régnera tiendra-t-il d'elle la couronne? doit-elle s'écrier : O mère trop heureuse! cet artifice n'est-il pas un peu grossier? ne sent-on pas que Cléopâtre cherche un vain prétexte que la raison désavoue? si ses deux lils étaient des imbéciles, parlerait-elle autrement? Que ce second discours de Cléopâtre est au-dessous du premier I Sur celle qui venait, expression incorrecte et familière. (V.)— Non-seulement Cléopâtre peut ignorer la passion de ses lils , mais même elle peut douter qu'ils aient assez remarqué Rodogune pour qu'elle ait pu faire sur eux une impression bien profonde. Elle n'est sortie de prison que depuis très-peu de temps , et l'arrivée dea deux princes à Séleucie n'est pas moins récente : Cléopâtre n'a donc aucune raison de soupçonner un amour que d'ailleurs ils ont pris tant de soin de cacher. (P.)
2 Cette fausseté est trop sensible et trop révoltante ; et c'est bien là le cas de dire -.Qui prouve trop ne prouve rien. (V.)
3 De cet amour ne se rapporte à rien ; elle entend l'amour que Nicanor avait eu pour Rodogune. (V.)
4 Vous me rendrez l'estime ne peut se dire comme vous me rendrez l'innocence : car l'innocence appartient à la personne, et l'estime est le sentiment d'autrui. Vous me rendez mon innocence , ma raison , mon repos , ma gloire , mais non pas mon estime. (V.)
5 La proposition de donner le trône à qui assassinera Rodogune est-elle raisonnable ? Tout doit être vraisemblable dans une tragédie. Est-il possible que Cléopâtre, qui doit connaître les hommes , ne sache pas qu'on ne fait point de telles propositions sans avoir de très-fortes raisons de croire qu'elles seront acceptées? Je ais plus : il faut que ces choses horrililes-soient absolument nécessaires. Mais Cléopâtre n'est point réduite à faire assas-
RODOGUNE, ACTE II, SCÈNE III
Entre deux fils que j'aime avec même tendresse Embrasser ma querelle est le seul droit d'aînesse : La mort de Rodogune en nommera l'aîné.
Quoi ! vous montrez tous deux un visage étonné ' ! Redoutez-vous son frère? après la paix infôme Que même en la jurant je détestais dans l'âme, J'ai fait lever des gens par des ordres secrets ^ Qu'à vous suivre en tous lieux vous trouverez tout Et tandis qu'il fait tête aux princes d'Arménie, [prêts ; Nous pouvons sans péril briser sa tyrannie. Qui vous fait donc pâlir à cette juste loi? Est-ce pitié pour elle? est-ce haine pour moi? Voulez- vous l'épouser afln qu'elle me brave. Et mettre mon destin aux mains de mon esclave? '\'^ous ne répondez point! Allez, enfants ingrats, Pour qui je crus en vain conserver ces États :
sincr Rodogune, et encore moins à la faire assassiner par ses lils : elle vient de dire que le Parthe est éloigné , qu'elle est sans aucun danger : Rodogune est en sa puissance. 11 parait donc absolument contre la raison que Cléopâtre invite à ce crime ses deux enfants, dentelle doit vouloir être respectée. Si elle a tant d'envie de tuer Rodogune, elle le peut, sans recourir à ses enfants. Cependant cette proposition si peu préparée, si extraordinaire , prépare des événements d'un si grand tragique , que le spectateur a toujours pardonné cette atrocité, quoiqu'elle ne soit ni dans la vérité historique, ni dans la vraisemblance. La situation est théâtrale , elle attache malgré la réflexion. Une invention purement raisonnable peut èlre très-mauvaise ; une invention théâtrale, que la raison condamne dans l'examen, peut faire un très-grand effet : c'est que l'imagination , émue de la grandeur du spectacle, se demande rarement compte de son plaisir. Mais je doute qu'une telle scène put être soufferte par des hommes d'un goût et d'un jugement formé, qui la verraient pour la première fois. (V.) — La proposition de Cléopâtre peut n'être pas raisonnable, car une passion violente ne raisonne pas; mais elle est vraisemblable de la part d'une femme qui a tué son mari de sa propre main , et qui est capable de tout sacrilier à son ambition. Elle se souvient que , dans le temps où Tryphon ravageait la Syrie , le peuple , qui n'obéissait qu'à regret à une femme , voulut la forcer, et la força en effet à se donner un maître. Elle a lieu de craindre que ce peuple , à qui elle a promis de nommer un roi, et qui l'attend ce jour-là même, ne se révolte contre elle, si elle osait éluder sa promesse. Cependant, si elle nomme un roi, Rodogune règne. C'est la condition du traité qu'elle a fait avec les Parthes; et ce traité qu'elle a rendu public , elle n'ose le violer ouvertement : elle veut en laisser le crime et le danger à celui de ses lils qu'elle nommera roi et qui pourra la mettre à l'abri du ressentiment du peuple. Vindicali ve , et plus ambitieuse encore , elle a lieu de croire que l'offre d'une couronne séduira du moins un de ses lils. Il nous semble que Voltaire n'a pas assez fortement conçu le caractère de Cléopâtre , qui ne se dément pas un seul moment, et que nous regardons comme un des chefs-d'<ruvre de Corneille : il n'en existe aucun de cette force au théâtre. (P.)
' Comment peut-elle être surprise que sa proposition révolte? elle veut que le crime tienne lieu du droit d'ainesse; celui des deux qui ne voudra pas tuer sa maîtresse .sera le cadet , et perdra le trône : mais si tous deux veulent la tuer, qui sera roi? Il est clair quela proposition de Cléopâtre est absurde autant qu'abominable, et cependant elle forme un grand intérêt , parce qu'on veut voir ce qu'elle produira , parce que Cléopâtre tient en sa main la destinée de ses enfants. En nommera l'aîné; c'est en se rapporte à ses deux lils ; mais comme il y a un vers entre deux, le sens ne se présente pas clairement. Il faut encore éviter de Unir un vers par aine, quand l'autre finit par aînesse. (V.)
» Style de ga/ette. (V.)
J'ai fait yotre oncle roi, j'en ferai bien un autre' ; Et mon nom peut encore ici plus que le vôtre.
SÉLEUCUS
Mais, madame, voyez que pour premier ex|)loit...
CLÉOPÂTRE
Mais que chacun de vous pense à ce qu'il nie doit. Je sais bien que le sang qu'à vos mains je demande N'est pas le digne essai d'une valeur bien grande ; ]\Iais si vous me devez et le sceptre et le jour, Ce doit être envers moi le sceau de votre amour : Sans ce gage ma haine à jamais s'en défie ; Ce n'est qu'en m'imitant que l'on me justifie. Rien ne vous sert ici de faire les surpris » : Je vous le dis encor, le trône est à ce prix ; Je puis en disposer comme de ma conquête; Point d'aîné, point de roi, qu'en m'apportant sa tète; Et puisque mon seul choix vous y peut élever 3, Pour jouir de mon crime il le faut achever 4.
' Cléopâtre n'est pas adroite , quoiqu'elle se soit donnée pour une femme très-habile ; dès qu'elle s'aperçoit que ses enfants ont horreur de sa proposition , elle ne doit pas insister : on ne persuade point un crime horril)le par de la colère et des emportements. Quand Phèdre a laissé voir son amour à Hippolyle, et qu'Hippolyte répond : Oubliez-vous que Thésée est mon père et votre époux? elle rentre alors en elle-même, et dit : Et sur quoi jugez-vous que j'en perds la mcinoire ? Cela est dans la nature ; mais peut-on supposer qu'une reine qui a de l'expérience persiste à révolter ses enfants contre elle en se rendant horrible à leurs yeux? De quel droit leur dit-elle qu'elle peut disposer du trône comme de sa conquête , après avoir dit , dans la scène précédente , qu'elle est forcée de descendre du trône? Et comment peut-elle y être forcée en disant qu'elle est maîtresse de tout? Cette contradiction n'est-elle pas palpable? Faut-il que toute cette pièce, pleine de traits si tiers et si hardis, soit fondée sur de si grandes inconséquences? (V.) — La comparaison de Phèdre est ici très-déplacée , et confirme encore ce que nous avons dit : Voltaire ne s'était point assez fortement pénétré du caractère de Cléopâtre ; caractère unique , et qui ne peut avoir aucun rapport avec celui de Phèdre. En proie à une passion incestueuse qu'elle déteste , Phèdre ne parait sur la scène quepoursuivie par des remords, qu'elle garde pendant toute la pièce, et qui ne Unissent qu'avec sa vie. Cléopâtre, au contraire, non- seulement n'a point de remords, mais n'en a pas même l'idée. Furieuse d'avoir laissé pénétrer ses sentiments à ses lils , elle ose les menacer dès qu'elle ne peut plus se Hat ter de les séduire. Le respect de ces princes , et la soumission qu'ils paraissent toujours conserver pour elle, lui laissent quelque espérance de pouvoir du moins les intimider par ses menaces. Nous ne disons pas que la conduite de cette femme atroce soit raisonnable; mais nous répétons que les passions effrénées ne raisonnent pas, et que tout ce qui paraît choquant, ou même incroyable à Voltaire, est rendu vraisendjiable par le caractère de Cléopâtre , tel que Corneille l'a conçu : c'est ce que démontre assez le succès constant de la pièce. (P.)
2 Expression trop triviale, surtout dans une circonstance si tragi(jue. (V.)
3 Cet y se rapporte à trône, qui est quatre vers auparavant : les pronoms , les adverbes doivent toujours être près des noms ((u'ils désignent; c'est une règle à laquelle il n'y a point d'exception. (V.)
4 Ce vers est très-beau. Mais comment une reine habile peutelle avouer son crime à ses enfants , et les presser d'en commet tre un autre? (V.)
RODOGUNE, ACTE II, SCÈNE IV