‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 833 sur 1093 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CLÉOPATRE

Que tu pénètres niaUe fond de mon courage!

Si je verse des pleurs , ce £ont dçs pleurs de rage ;

Et ma haine, qu'en vain tu crois s'évanouir,

Ne les a fait couler qu'afln de t'éblouir.

Je ne veux plus que moi dedans ma confidence '.

Et toi, crédule amant , que charme l'apparence,

Et dont l'esprit léger s'attache avidement

Aux attraits captieux de mon déguisement ,

Va , triomphe en idée avec ta Rodogune ,

Au sort des immortels préfère ta fortune,

Tandis que mieux instruite en l'ar* de m? venge,

En de nouveaux malheurs je saurai te plonger, [che ' :

Ce n'est pas tout d'un coup que tant d'orgueil trébu-

De qui se rend trop tôt on doit craindre une embiiche ;

Et c'est mal démêler le cœur d'avec le front 4,

' On dit qu'au théAtre on n'aime pas les scélérats. Il n'y a point d? criminelle plus odieuse que Cléopàtre, et cependant on se plait à la voir ; du moins le parterre , qui n'est pas toujours composé de connaisseurs sévères et dtilicats, é'est laissé subjuguer quand une actrice imposante ajcia- ce rô!3 : elle ennoblil Hiorreur de son caractère par la fierté des traits dont Corneille la peint; on ne lui pardonne pas, mais on attend avec impatience ce qu'elle fera après avoir promis Rodogune et le trône à son lils Antiochus. Si Corneille a manqué à son art dans les détails , il a rempli le grand projet de tenir les esprits en suspens, et d'arranger tellement les événements, que personno ne peut deviner le dénoùmentde cette tragédie, (y.)

^ On a déjà averti qu'il faut dans, et non pas dedans. Mais pourquoi ne veut-elle plus de confidente? et pourquoi s'est-elle confiée? Elle ne le dit pas. CV.)

3 Trc6j/c^<'rn'ajamaisétédust>1enoble. CV.)— Pourquoi limiter toujours le co.mbre des uiçts qui peuvent entrer dans le style noble? Koi's croyons qu'il en est bien peu qui, habilement employés, nepuissent entrèrdans un beau vers. Opposons, une fois pour toutes , aux é<icrnels scrupi^les de Voltaire , une autorité qui doit a' oir d'aulpnt plus de poids que p'est un j-rrammairien qui délend les droits de la poésie. L'abbé d'Olivet, en faisaci remais,uer \.k conslrg.ctiQriiiar(iie de ces deux vers ({''Esthcr,

Quand sera le voile arrache , Qui sur fout l'univers jette une nuit si sombre ?

ne balance pas à condamner la timidité de nos poètes , qui n'osent presque plus se permettre ces transpositions. « Pour peu « qu'ils continuent, dit-il, à ne vouloir que des tours prosaïques, >( nous n'aurons plus de vers. » Il fait des vœux pour que des mots qui passent pour vieillis dans la prose ne soient pas abandonnés de nos poètes; et il cite en effet quelques-uns de ces mots, qui sont encore, en vers, d'un excellent usage. Enlin il désire, en homme de goût, que notre poésie soit plus altenti\e à maintenir ses privilèges. (P.)

•1 Je crois qu'il eut fallu distinguer, au lieu de démêler ; cnr le cfpur et le front ne sont point mêlés ensemble. Je ne vois pas pourquoi elle s'applaudit de tromper toujours sa confidente; doit-elle penser u elle dans ce monienl d'horreur? (V.)

RODOuU^E, ACTE IV, SCÈNE VI.

Que prendre pour sincère \\\\ changement si prompt. L'effet te fera voir comme je suis changée.

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