‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 834 sur 1093 · CLÉOPATRE, SÉLEUCUS · texte numérisé non relu

CLÉOPATRE, SÉLEUCUS

CLÉûPATRE.

Savez-vous, Séleucus, que je me suis vengée?

SELEUCUS

Pauvre princesse, hefcs • !

ClÉOPATRE.

Vous déplorez son sort !

Quoi! rain^ic7-v(His?

ÉÉLEUCUS.

Assez pour regretter sa ir.crt ^

CLÉOPATBE.

Vous lui pouvez servir encor d'amant (idète ; Si j'ai su me venger , ce n'a pas été d'elle.

SÉLEUCUS

O ciel ! et de qui donc, madame?

CLÉOPATKE.

C'est de vous , Ingrat , qui li'asprrcz qu'à vous voir Son époux ; J)e vous , qui l'adorez en dépit d'une mère; l^e vous, qui dédaignez de servir nia colère; De vous , de qui l'amour, rehelle à mes désirs , S'oppose à ma vengeance, et détruit mes plaisirs.

SÉLEUCUS

De moi ?

CLÉOPATRE

De toi , perfide! Ignore, dissimule Le mal que tu dois craindre et le feu qui te brûle ; Et si pour l'ignorer tu crois t'en garantir. Du moins en l'apprenant commence à le sentir. Le trône était à toi par le droit de naissance; Hodogune avec !ui tombait en ta puissance; Tu devaic l'épouser, tu devais être roi ! Mais comlne ce secret n'est connu que de moi , Je puis, comme je veux , tourner le droit d'aînesse , r,l donne à ton rival ton sceptre et ta niaurcsie.

SÉLEUCUS

A mon frère?

CLÉOPATBE.

C'est lui que j'ai nom'r.it l'aîné.

' Cotlfi réponso ost insoutenoble, la bassesse de l'expression s'y joint à une indifférence (ju'on n'attendait j)as d'un homme amoureux ; on ne parlerait pas ainsi de la mort d'ujie j)ersonne qu'on connailrait à peine : il crpil que sa maîtresse est assassinée, et il dit: Pauvre princTsse.' (V.)

= Kncliérit encore sur cette faute. (V.'^

SELEUCUS

Vous ne m'affligez point de l'avoir couronné :

Et par une raison qui vous est inconnue,

Mes propres sentiments vous avaient prévenue : [doux '

Les biens que vous m'ôtez n'ont point d'attraits si

Que mon cœur n'ait donnés à ce frère avant vous;

Et si vous bornez là toute votre vengeance ,

Vos désirs et les miens seront d'intelligence.

CLÉOPATRE

C'est ainsi qu'on déguise un violent dépit ; C'est ainsi qu'une feinte au dehors l'assoupit , Et qu'on croit amuser de fausses patiences Ceux dont en l'âme on craint les justes défiances ',

SÉLEUCUS

Quoi ! je conserverais quelque courroux secret!

CLÉOPATRE

Quoi! îâche, tu pourrais la {icrdre sans regret, Elle de qui les dieux te donnaient lliyménée, Elle dont tu plaignais la perte imaginée?

SÉLEUCUS

Considérer ba perte r.ves compassion , Ce nVit i)ts aspirer à sa possession.

CLÉOPATBE.

Que la mort la ravÇsse, ou qu'un rival l'emporte , La douleur d'un amant est également forte ; Et tel qui se console après riirsLnnt fatal , Ne saurait voir son bien aux mains de son rival : Piqué jusques au vif , il tache à le reprendre ; Il fait de l'insensible , afin de mieux surprendre ; D'autant plus animé , que ce qu'il a perdu Par rang ou par mérite à sa flamme était dd ■.

SÉLEUCUS

Peut-être; mais enfin par quel amour de mère Pressez-vous tellement ma douleur contre un frère ? Prenez-vous intérêt à la faire éclater?

J'en prends à la connaître , et la faire avorter ;

' ITait donnes se rapporte aux atlraits si doux : mais ce ne soiitpas les attraits si doux qu'il a donnés à son frère, ce sont les biens. (V.)

2 Cléopàtre est-elle habile ? Elle veilt trop persuader à Séleucus (ju'il doit s'affliger; c'est lui fain; voir qu'en effet elle veut l'affliger, et l'animer contre son frère; mais ses paroles n'ont pas un sens net. Qu'est-ce qu'une feinte qui as.sonjiil au deiiors, et àii fausses patiences qui amusent aux dont un craint en rdrne des dcfianees ? Conwnent l'auteur de Cinna ;.-t-U pu écrire dans un slyle si incorrect et si peu noble? (V.)

3 Tout ccli est très-mal exprimé , et est d'un style, familier et bas. Uiiu chose dae par ran;/ n'est pas français. Le reste de la scène est plus naturel et mieux écrit; mais Séleucus ne dit rien {|ui doive fair.! prendre à sa mère la résolution de l'assassiner : un si grand crime doit au moins être nécessaire. Pour- ,quci Séie.Ki.s l'.e prend-il pas d<!s mesures contre sa mère, com:r.e il r:i\ail proposéà Aiiliocliùs'.' En cecas,CléopAlre £\i- Vail quelque raison qui semblerait colorer «es crimes. (V.)

RODOGUNE, ACTE V, SCÈNE T

J'en prends à conserver maigre toi mon ouvrage Des jaloux attentats de ta secrète rage.

SÉLEtJCUS.

Je le veux croire ainsi ; mais quel autre intérêt

Nous fait tous deux aînés quand et comme il vous plaît ? Qui des deux vous doit croire , et par quelle justice Faut-il que sur moi seul tombe tout le supplice, Et que du même amour dont nous sommes blessés Il soit récompensé, quand vous m'en punissez ?

CLÉOPATBE.

Comme reine, à mon choix je fais justice ou grâce, Et je m'étonne fort d'où vous vient cette audace , D'où vient qu'un fils , vers moi noirci de trahison , Ose de mes faveurs me demander raison.

SÉLEUCUS

Vous pardonnerez donc ces chaleurs indiscrètes : Je ne suis point jaloux du bien que vous lui faites ; Et je vois quel amour vous avez pour tous deux , Plus que vous ne pensez , et plus que je ne veux : Le respect me défend d'en dire davantage.

Je n'ai ni faute d'yeux ni faute de courage , IMadame ; mais enfin n'espérez voir en moi Qu'amitié pour mon frère , et zèle pour mon roi. Adieu.

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