PHOCAS, PULCHÉRIE, HÉRACLIUS, CRISPE
PHOCAS, à Pulchérie.
Dis, si tu veux encor, que ton cœur la souhaite.
{à Héraclius.) Approche, Martian , que je te le répète ' : Cette ingrate furie , après tant de mépris , Conspire encor la perte et du père et du fils : Elle-même a semé cette erreur populaire D'un faux Héraclius qu'elle accepte pour frère ; Mais quoi qu'à ces mutins elle puisse imposer, Demain ils la verront mourir, out'épouser.
HÉKACLIUS.
Seigneur...
PHOCAS
Garde sur toi d'attirer ma colère.
UÉUACLIUS.
Dussé-jo mal user de cet amour de père. Étant ce que je suis , je me dois quelque effort Pour vous dire, seigneur 3, que c'est vous faire tort-*, Et que c'est trop montrer d'injuste défiance De ne pouvoir régner que par son alliance :
suggérée par son confident Crispe à la première scène. Crispe lui remontre que ce mariage attirerait à la maison de Phocas l'affection du peuple , qu'on suppose attaché à la mai.son de Maurice; mais la haine implacable et juste de l*ulchérie détruit cette raison. N'aurait-il pas fallu que les grands et le peuple eussent demandé le mariage de Pulchérie et de Martian ? (V.)
' Il me semble que cette scène serait bien plus vraisemblable , bien plus tragique, si l'auteur y avait mis plus de décence et plus de gradation. Un mot échappé à une princesse qui est dans la situation de Pulchérie fait cent fois plus d'effet qu'une déclamation continuelle et un torrent d'injures répétées. (V.)
* On doit répéter le moins qu'on peut. Mais si Pulchérie, que Phocas nomme ingrate furie, conspire la perte du père et du fils, il est bien étrange que le père s'opiniàtre à vouloir que son lils épouse cette furie. (V.)
3 Le sens de la phrase est : je dois vous dire, quoi qu'il m'en coûte; mais il ne doit pas faire effo7-t pour dire; ce n'est pas sur cet efforl qu'il se fait que son devoir tombe : d'ailleurs il ne fait point il'effort, puisqu'il n'aime point Pulciiérie, puisqu'il croit même être son frère; et puis comment se doit-on uu effort? (Y.)
^ Que c'est vous faire tort
est trop du style de la comédie. (V.J
Sans prendre un nouveau ;]roil du nom de son époux, l\1a naissance suffit pour régner après vous, .l'ai du cœur, et tiendrais l'empire même infâme S'il fallait le tenir de la main d'une femme.
PHOCAS
Eh bien ! elle mourra , tu n'en as pas besoin '.
HÉRACLIUS
De vous-même, seigneur, daignez mieux prendre soin. Le peuple aime Maurice ; en perdre ce qui reste Nous rendrait ce tumulte au dernier point funeste. Au nom d'iîcraclius à demi soulevé, Vous verriez par sa mort le désordre achevé'. Il vaut mieux la priver du rang qu'elle rejette, Faire régner une autre , et la laisser sujette ; Et d'un parti plus bas punissant son orgueil^...
PHOCAS
Quand Maurice peut tout du creux de son cercueil , A ce fils supposé, dont il me faut défendre , Tu parles d'ajouter un véritable gendre !
HÉRACLIUS
Seigneur, j'ai des amis chez qui cette moitié 4...
PHOCAS
A l'épreuve d'un sceptre il n'est point d'amitié, Point qui ne s'éblouisse à l'éclat de sa pompe , Point qu'après son hymen sa haine ne corrompe^. Elle mourra , te dis-je.
PULCHÉRIE , à Héraclius.
Ah ! ne m'empêchez pas De rejoindre les miens par un heureux trépas. La vapeur de mon sang ira grossir la foudre Que Dieu tient déjà prête à le réduire en poudre <" ;
■■ Ce mot semble condamner toute la scène précédente. Phocas avoue qu'il n'avait nul besoin de marier Pulchérie à son lils; il semble, au contraire, qu'il devait avoir un besoin trèspressant de ce mariage pour former un nœud intéressant. (V.)
^ On n'achève point un désordre, comme on achève un projet, une affaire, un ouvrage. Ce n'est pas là le mot propre. (V.)
3 On peut être puni de son orgueil par un hymen disproportionné; mais on ne peut pas dire: être puni d'un hymen, comme on dit : être puni du dernier^supplice. Parti plus bas est déplacé : il semble que Martian sOît un parti bas, et qu'on menace Pulchérie d'un parti plus bas encore. (V.)
4 L'usage a permis qu'en quelques occasions on put appeler sa femme sa moitié.
Mânes du grand Pompée, écoutez sa moitié.
Ce mot fait là un effet admirable : c'est la moitié du grand Pompée qui parle ; mais il est ridicule de dire d'une tille à marier, cette moitié. (V.)
5 Ces trois point font un mauvais effet dans la poésie; et point qu'après est encore plus dur et plus mal construit; et point quine s'éblouisse à Véclatde lapompe d'un sceptre est du galimatias. Ce n'est point écrire comme l'auteur des beaux vers répandus dans Cinna; c'est écrire comme Chapelain. (V.)
6 Cette ligure n'est-elle pas un peu outrée et recherchée? Ce qui est hors de la nature ne peut guère toucher. On reproctie à notre siècle de courir après l'esprit, d'affecter des pensées ingénieuses; c'était bien plutôt le goût du temps de Corneille que
Et ma mort, en sentant de comble à tant d'horreurs...
Par ses reniercîments juge de ses fureurs. J'ai prononcé l'arrêt, il faut que l'effet suive. Résous-la de t'aimer, si tu veux qu'elle vive ' ; Sinon , j'en jure encore , et ne t'écoute plus ' : Son trépas dès demain punira ses refus.