‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 850 sur 1093 · PULCIIÉRIE, HÉRACLIUS, MARTI AN · texte numérisé non relu

PULCIIÉRIE, HÉRACLIUS, MARTI AN

HÉRACLIUS

En vain il se promet que , sous cette menace ,

.J'espère en votre cœur surprendre quelque place ^ :

Votre refus est juste, et j'en sais les raisons.

Ce n'est pas à nous deux d'unir les deux maisons ;

D'autres destins, madame, attendent l'un et l'autre :

Ma foi m'engage ailleurs aussi bien que la vôtre.

Votre aurez en Léonce un digne possesseur 4 ;

Je serai trop heureux d'en posséder la sœur.

Ce guerrier vous adore, et vous l'aimez de même;

Je suis aimé d'Eudoxe autant comme je l'aime *.

du nôtre. Racine et Boilcau corrigèrent la France , qui depuis est retombée quelquefois dans ce défaut séduisant. La vapeur d'un peu de sang ne peut guère servir à former le tonnerre. Une lille va-t-elle chercher de pareilles ligures de rhétorique? (VO

■ Je crois qu'on pourrait dire en vers , résoudre de , aussi hicn (|ue résoudre à , quoique ce soit un solécisme en prose ; mais il e.st plus essentiel de remarquer qu'il est bien étrange qu'un monarque dise à son lils : Résous cette princesse à t'aimer, ou je In ferai mourir. Il n'y a aucun exemple dans le monde d'une pareille proposition; elle parait d'autant plus extraordinaire (juePhocas a dit qu'on n'a nul besoin de Pulchérie. En un mot , cela n'est pas dans la nature. (V.)

^ Il en jure encore ; il n'a pourtant point juré , et il répète , pour la sixième fois , qu'il tuera cette Pulchérie , ou qu'il la mariera. (V.)

3 Que d'incongruités! quel galimatias! quel style! (V.)

4 Le lecteur doit savoirque Léonce , dont on n'a point encore parle , passe pour le lils de Léontine , ancienne gouvernante du prince Héraclius , lils de Maurice , et du prince Martian , lils de Ptiocas. On ne sait point encore que ce prétendu Léonce a été changé en nourrice , et qu'il est le véritable Martian. Il eût été à souhaiter peut-être que dés la première scène ces aventures eussent été éclaircies ; mais avec un peu d'attention il sera aisé de suivre l'intrigue : il est triste qu'on ait besoin de cette attenlion, qui d'nn divertissement nous fuit une fatigue , comme dit Boileau. (V.)

'■> Cette Eudoxe est une lille de Léontine , que par conséquent Martian croit sa sœur. On n'a point encore parlé d'elle, et le véritable Héraclius, cru Martian , s'occupe ici d(! l'arrangement d'un double mariage. On ne s'arrêtera point à la faute grammaticale, atjri autant comme je l'aime, ni à ces beaux nœuds, ni à cet amour parfait , ni à ces chaînes si belles, à ces rap/iv//f's e7er;ie/te. Quinault a passé pour avoir le premier emplo5'é ce.s expressions , dont Corneille s'était servi avant lui dans presque toutes ses pièces. Il parait étrange que le public se soit trompé à ce point : mais c'est que ces expressions lirenf une Urande impression dans Quinault , qui ne parle Jamais que d'a-

CORNEILIE. — TOMK I.

HÉRACLIUS, ACTE I, SCÈNE IV. ry[r,

Léontine leur mère est propice à nos vœux ; [nœuds, Et quelque effort qu'on fasse à rompre ces beaux D'un amour si parfait les chaînes sont si belles. Que nos captivités doivent être éternelles.

PULCHÉRIE

Seigneur, vous connaissez ce cœur infortuné :

Léonce y peut beaucoup'; vous me l'avez donné ,

Et votre main illustre augmente le mérite

Des vertus dont l'éclat pour lui me sollicite ;

l\Iais à d'autres pensers il me faut recourir :

Il n'est plus temps d'aimer alors qu'il faut mourir ' ;

Et quand à ce départ une âme se prépare ^..

HÉRACLIUS

Redoutez un peu moins les rigueurs d'un barbare : Pardonnez-moi ce mot; pour vous servir d'appui J'ai peine à reconnaître encore un père en lui ^. Résolu de périr pour vous sauver la vie , Je sens tous mes respects céder à cette envie ; Je ne suis plus son fils , s'il en veut à vos jours , Et mon cœur tout entier vole à votre secours.

PULCHÉRIE

C'est donc avec raison que je commence à craindre , Non la mort, non l'hymen où l'on me veut contraindre, Mais ce péril extrême où pour me secourir Je vois votre grand cœur aveuglément courir.

MARTIAN

Ah! mon prince! ah ! madame! il vaut mieux vous ré- Par un heureux hymen, à dissiper ce foudre 4. [soudre,

Au nom de votre amour et de votre amitié, . Prenez de votre sort tous deux quelque pitié.

mour, et qui en parle avec élégance; elles en tirent très-peu dans les ouvrages de Corneille, dont les beautés mâles couvrent toutes ces petitesses trop fréquentes. Tous ces vers , d'ailleurs , sont du style de la comédie , et d'un style dur, rampant , incorrect. (Y.)

' Ce beau vers parait la condamnation de tout ce que vient de dire Héraclius, qui n'a parlé que de mariage : on s'attendait qu'il parlerait d'abord à Pulchérie du péril affreux où elle est , et dicatjam nunc debcntia dici. Aussi tous ces personnages ont beau parler d'amour, et de tyrans , et de mort , aucun d'eux ne touche, aucun n'inspire de terreur jusqu'ici; mais l'intrigue commence à attacher, et c'est beaucoup. Le principal mérite de cette pièce est dans l'embarras de celte intrigue, qui pique toujours la curiosité. (V.)

2 Ce mot départ est faible, et v>ic âme aussi. Tachez de ne jamais faire suivre un vers fort et bien frappé par un vers languissant qui l'énervé. (V.)

3 Le lecteur doit ici se souvenir qu'Héraclius sait bien qi'" Phocas n'est point son père , mais qu'il n'a point dit son secret a Pulchérie : cela cau.se peut-éire un peu d'embarras, et c'est au lecteur à voir s'il aimerait mieux que Pulchérie fut instruiteou non. Mais il y a aujourd'hui beaucoup de lectiuirs si rebutés des mauvais vers, qu'ils ne se soucient point du tout de savoir (fui est Martian , et qui est Héraclius , et qu'ils s'intéressent fort peu à Pulchérie. (V.)

4 Comment dissipe-Ion un foudre par un hymen ? Toute- métaphore , encore une fois , doit être juste. Dissiper ce foudre n'f.it la que pour rimer à résoudre. Ce style est trop négligé. (V.;

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