SCÈNE VII
LÉONTINE, EUDOXE
LEONTINE.
Tout me confond, tout me devient contraire. Je ne fais rien du tout , quand je pense tout faire ; Et , lorsque le hasard me flatte avec excès , Tout mon dessein avorte au milieu du succès : Il semble qu'un démon funeste à sa conduite Des beaux commencements empoisonne la suite '. Ce billet, dont je vois Martian abusé.
Fait plus en ma faveur que je n'aurais osé : Il arme puissamment le fils contre le père ; Mais , comme il a levé le bras en qui j'espère ', Sur le point de frapper, je vois avec regret Que la nature y forme un obstacle secret. La vérité le trompe, et ne peut le séduire; Il sauve en reculant ce qu'il croit mieux détruire ; Il doute , et, du côté que je le vois pencher, Il va presser l'inceste au lieu de l'empêcher.
EUDOXE
Madame, pour le moins vous avez connaissance De l'auteur de ce bruit , et de mon innocence ^ ; Mais je m'étonne fort de voir à l'abandon Du prince Héraclius les droits avec le nom. Ce billet confirmé par votre témoignage, Pour monter dans le trône est un grand avantage. Si Martian le peut sous ce titre occuper. Pensez-vous qu'il se laisse aisément détromper. Et qu'au premier moment qu'il vous verra dédire Aux mains de son vrai maître il remette l'empire?
LÉONTINE
Vous êtes curieuse, et voulez trop savoir ^. N'ai-je pas déjà dit que j'y saurai pourvoir ^?
' Léontine n'est pas plus claire dans la construction de ses phrases que dans ses intrigues; /««este à sa conduite , c'est la conduite du dessein, et cela n'est pas français. (V.)
2 Suivant l'ordre du discours, c'est ce billet qui a levé ce bras en qui elle espère. On ne peut trop prendre garde à écrire clairement; tout ce qui met dans l'esprit la moindre confusion doit être proscrit. (V.)
3 Eudoxe ne songe qu'à faire voir h sa mère qu'elle n'a point parlé; elle a été inutile dans toutes ces scènes. Elle fait aussi des raisonnements, au lieu d'être effrayée, comme elle doit l'être, du sort qui menace le véritable Héraclius qu'elle aime. (V.)
4 Ce vers est intolérable. Léontine parle toujours à sa fille comme une nourrice de comédie : tout cela fait que , dans ces premiers actes, il n'y a ni pitié ni terreur. (V.)
i Le malheur est qu'en effet elle ne pourvoit à rien : on s'attend qu'ellefera la révolution, et la révolution se fera sans elle. Le lecteur impartial, et surtout les étrangers, demandent comment la pièce a pu réussir avec des défauts si visibles et si révoltants. Ce n'est pas seulement le nom de l'auteur qui a fait ce succès; car, malgré son nom, plusieursde ses pièces sont lombécs ; c'est que l'intrigue est attachante, c'est que l'inlerétde