‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 866 sur 1093 · HÉRACLIUS, ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

HÉRACLIUS, ACTE III, SCÈNE I

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Eli brisant les beaux fers qui me tenaient captive ' ;

Mais j'en condamnerais le plus doux souvenir

S'il avait à mon cœur coûté plus d'un soupir.

Ce grand coup m'a surprise, et ne m'a point troublée;

]\Ion âme l'a reçu sans en être accablée ;

Et comme tous mes feux n'avaient rien que de saint ,

L'honneur les alluma , le devoir les éteint.

Je ne vois plus d'amant où je rencontre un frère ;

L'un ne peut me toucher, ni l'autre me déplaire;

Et je tiendrai toujours mon bonheur infini ,

Si les miens sont vengés, et le tyran puni.

Vous , que va sur le trône élever la naissance , Régnez sur votre cœur avant que sur Byzance; Et , domptant comme moi ce dangereux mutin » , Commencez à répondre à ce noble destin.

MABTIAN.

Ah ! vous fûtes toujours l'illustre Pulchérie ,

En fille d'empereur dès le berceau nourrie ;

Et ce grand nom sans peine a pu vous enseigner

Comment dessus vous-même il vous fallait régner ^ ;

Riais pour moi , qui , caché sous une autre aventure ,

D'une âme plus commune ai pris quelque teinture,

11 n'est pas merveilleux si ce que je me crus

Mêle un peu de Léonce au cœur d'Héraclius.

A mes confus regrets soyez donc moins sévère :

C'est Léonce qui parle , et non pas votre frère 4 ;

Mais si l'un parle mal, l'autre va bien agir^

jours les situations frappantes , porte la terreur dans l'àme , excite les grandes passions, et dédaigne tous les petits moj'ens; tel est Corneille dans le cinquième acte de Rodoijune , dans des scèws des Horaces , de China, de Pompée. Le génie n'est point subtil et raisonneur : c'est ce qu'on appelle esprit qui court après les pensées , les sentences , les antithèses , les réflexions , les contestations ingénieuses. Toutes les pièces de Corneille, et surtout les dernières, sont infectées de ce grand défaut, qui refroidit tout. Vesprit dans Corneille, comme dans le grand nombre de nos écrivains modernes , est ce qui perd la littérature : ce sont les traits de génie de ce grand homme qui seuls ont fait sa gloire et montré l'art. Je ne sais pourquoi on s'est plu à répéter que Corneille avait plus de génie, et Racine plus d'esprit; il fallait dire que Racine avait beaucoup plus de goût, et autant de génie. Un homme avec du talent et un goût sûr ne fera jamais de lourdes chutes en aucun genre. (V.)

« De heauxfers.' et on reproche à Racine d'avoir parlé d'amour! Mais on ne trouve chez lui ni beaux fers ni beaux feux ; ce n'est que dans sa faible tragédie A'Alexandre, où il voulait imiter Corneille, qu'il fait dire à Éphestion :

Fidèle confident du beau feu de mon maître. (V.)

* Ce dangereux viutin est une expression qui ne convient que dans une épigramrae. (V.)

3 Un grand nom qui enseigne comment il faut régner dessus soi-même! Martian caché sous une aventure, et qui a pris la teinture d'une àme commune! que d'incorrection ! que de négligence! quel mauvais style! (V.)

4 Ce trait prouve encore la vérité de ce qu'on a dit, qu'on courait alors après les tours ingénieux et recherchés. (V.)

^ Cela confirme encore la preuve que le mauvais goiïl était dominant et que Corneille, maljjrc la solidité de son esprit.

Et l'un ni l'autre enfin ne vous fera rougir. Je vais des conjurés embrasser l'entreprise , Puisqu'une âme si haute à frapper m'autorise , Et tient que , pour répandre un si coupable sang , L'assassinat est noble et digne de mon rang '. Pourrai-je cependant vous faire une prière?

PULCHÉRIE

Prenez sur Pulchérie une puissance entière.

MABTIAN.

Puisqu'un amant si cher ne peut plus être à vous ^ , Ni vous , mettre l'empire en la main d'un époux , Épousez Martian comme un autre moi-même ^ ; Ne pouvant être à moi , soyez à ce que j'aime.

PULCHÉRIE

Ne pouvant être à vous , je pourrais justement Vouloir n'être à personne , et fuir tout autre amant ; Mais on pourrait nommer cette fermeté d'âme Un reste mal éteint d'incestueuse flamme 4. Afin donc qu'à ce choix j'ose tout accorder, Soyez mon empereur pour me le commander. Martian vaut beaucoup , sa personne m'est chère; Mais purgez sa vertu des crimes de son père, Et donnez à mes feux pour légitime objet Dans le fils du tyran votre premier sujet.

MARTIAN

Vous le voyez , j'y cours ; mais enfin , s'il arrive Que l'issue en devienne ou funeste ou tardive, Votre perte est jurée; et d'ailleurs nos amis Au tyran immolé voudront joindre ce fils. Sauvez d'un tel péril et sa vie et la vôtre ; Par cet heureux hymen conservez l'un et l'autre ; Garantissez ma sœur des fureurs de Phocas , Et mon ami de suivre un tel père au trépas. Faites qu'en ce grand jour la troupe d'Exupcre Dans un sang odieux respecte mon beau-frère ; Et donnez au tyran , qui n'en pourra jouir,

était trop asservi à ce malheureux usage : il y a même du comi. que dans ces oppositions de Léonce avec Martian ; et ce jeu de Léonce qui parle, avec Martian qui agit, ressemble à l'Amphitryon qui rejette sur l'époux d'AIcmène les torts reprochés à l'amant d'AIcmène. Ces artiiices réussissent beaucoup plus dans le comique, et sont puérils dans la tragédie. (V.)

» Pulchérie n'a point dit cela : on peut hasarder que l'assassinat est peut-être pardonnable contre un assassin ; mais que l'assassinat soit digne du rang suprême , c'est une de ces idées monstrueuses qui révolteraient, si leur extrême ridicule ne les rendait sans conséquence. (V.)

* Ce vous se rapporte à peut , et est un solécisme; mais, encore une fois , cette froide dissertation sur l'inceste est pire que des solécismes. (V.)

3 Remarquez toujours que cette combinaison ingénieuse d'in cesf es , cette ignorance ou chacun est de son état , peuvent exciter l'attention , mais jamais aucun trouble, aucune terreur.

4 Toute cette scène est une discussion qui n'a rien de la vraie tragédie. Pulchérie craint qu'on ne nomme sa fermeté d'âme reste d'inceste. (V.)

HÉRACLTUS, ACTE ITI, SCÈNE IT Quelques moments de joie afin de l'éblouir.

PULCHÉRTE.

Mais durant ces moments , unie à sa famille ,

Il deviendra mon père, et je serai sa fille;

Je lui devrai respect, amour, fidélité;

Ma haine n'aura plus d'impétuosité;

Et tous mes vœux pour vous seront mois et timides

Quand mes vœux contre lui seront des parricides.

Outre que le succès est encore à douter ' ,

Que l'on peut vous trahir, qu'il peut vous résister,

Si vous y succombez , pourrai-je me dédire

D'avoir porté chez lui les titres de l'empire?

Ah! combien ces moments de quoi vous me flattez

Alors pour mon supplice auraient d'éternités » !

Votre haine voit peu l'erreur de sa tendresse;

Comme elle vient de naître, elle n'est que faiblesse :

La mienne a plus de force , et les yeux mieux ouverts ;

Et , se diit avec moi perdre tout l'univers ,

Jamais un seul moment, quoi que l'on puisse faire.

Le tyran n'aura droit de me traiter de père.

Je ne refuse au fils ni mon cœur ni ma foi :

Vous l'aimez , je l'estime , il est digne de moi :

Tout son crime est un père à qui le sang l'attache ;

Quand il n'en aura plus, il n'aura plus de tache;

Et cette mort, propice à former ces beaux nœuds ,

Purifiant l'objet, justif ira mes feux.

Allez donc préparer cette heureuse journée; Et du sang du tyran signez cet hyménée. Mais quel mauvais démon devers nous le conduit.^

MARTIAN

Je suis trahi , madame , Exupère le suit.

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