‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 867 sur 1093 · PHOCAS, EXUPÈRE, AMINTAS, MARTIAN, PULCHÉRIE, CRISPE · texte numérisé non relu

PHOCAS, EXUPÈRE, AMINTAS, MARTIAN, PULCHÉRIE, CRISPE

PHOCAS

Quel est votre entretien avec cette princesse?

» Outre que ne doit jamais entrer dans un vers héroïque ; et ]e succès est à douter est un solécisme; on ne doute pas une cliose , elle n'est pas doutée; ie verbe douter exige toujours le génitif, c'est-à-dire la préposition de. (V.)

* On n'a jamais du , dans aucune langue , mettre le mot d'éternité au pluriel , excepté dans le dogmatique , quand on distingue mal à propos l'éternité passée et l'éternité à venir, comme lorsque Platon dit que notre vie est un point entre deux éternités, pensée que Pascal a répétée, pensée sublime, quoique dans la rigueur métaphysique elle soit fausse. Remarquez encore qu'on ne peut dire : ces moments de quoi vous mejlattez ; cela n'est pas français ; il faut : ces moments dont vous vie flattez. Remarquez qu'une haine ne voit point l'erreur de sa tendresse; car comment une haine aurait-elle une tendresse? Pulchérie dit encore que sa haine a les yeux mieux ouverts que celle de Martian. Quel langage! et qu'est-ce encore qu'une mort propice a former de beaux nœuds, et qui purifie un objet? Il n'est pas permis d'écrire ainsi. (V.)

Des noces que je veux • ?

MARTTAN.

C'est de quoi je la presse.

PHOCAS

Et vous l'avez gagnée en faveur de mon fils?

MARTIAN

Il sera son époux , elle me l'a promis.

PHOCAS

C'est beaucoup obtenu d'une âme si rebelle. Mais quand ?

MARTIAN

C'est un secret queje n'ai pas su d'elle.

PHOCAS

Vous pouvez m'en dire un dont je suis plus jaloux. On dit qu'IIéraclius est fort connu de vous : Si vous aimez mon fils, faites-le moi connaître.

MARTIAN

Vous le connaissez trop, puisque je vois ce traître ».

EXUPÈRE

Je sers mon empereur, et je sais mon devoir.

Chacun te l'avoilra ; tu le fais assez voir.

PHOCAS

De grâce éclaircissez ce queje vous propose. ' Ce billet à demi m'en dit bien quelque chose; Mais, Léonce, c'est peu si vous ne l'achevez.

MARTIAN

Nommez-moi par mon nom, puisque vous le savez;

Dites Héraclius; il n'est plus de Léonce,

Et j'entends mon arrêt sans qu'on me le prononce.

PHOCAS

Tu peux bien t'y résoudre après ton vain effort Pour m'arracher le sceptre et conspirer ma mort.

MARTIAN

J'ai fait ce que j'ai dû. Vivre sous ta puissance, C'eût été démentir mon nom et ma naissance, Et ne point écouter le sang de mes parents , Qui ne crie en mon cœur que la mort des tyrans. Quiconque pour l'empire eut la gloire de naître Renonce à cet honneur s'il peut souffrir un maître : Hors le trône ou la mort, il doit tout dédaigner; C'est un lâche, s'il n'ose ou se perdre ou régner.

J'entends donc mon arrêt sans qu'on mêle pronoii» Héraclius mourra comme a vécu Léonce , [ce.

' Ce mot noces est de la comédie , à moins qu'il ne soit relevé par quelque épithéte terrible; le reste est trés-tragique , et c'est ici que le grand intérêt commence. Le tyran a raison de croire que Martian son lils est Héraclius. Voilà Martian dans le plus grand danger, et l'erreur du père est théâtrale. (V.)

' On pourrait dire que Marlian se hâte trop d'accuser Exupère. 11 peut, ce semble, penser qu'Kxupére, qui est de son côté à la tète de la conspiration , trompe toujours le tyran , autant (|ue soupçonner qu'Kxupére trahit son propre parti; dans ce doute, pourquoi accuse-t-il E.xujière? (S.)

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