‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 868 sur 1093 · HÉRACLIUS, ACTE · texte numérisé non relu

HÉRACLIUS, ACTE

Bon sujet, meilleur prince ; et ma vie et ma mort Rempliront dignement et l'un et l'autre sort. La mort n'a rien d'affreux pour une âme bien née : A mes côtés pour toi je l'ai cent fois traînée ' ; Et mon dernier exploit contre tes ennemis Fut d'arrêter son bras qui tombait sur ton fils.

PHOCAS

Tu prends pour me toucher un mauvais artifice » : lïéraclius n'eut point de part à ce service ; .l'en ai payé Léonce , à qui seul était dû L'inestimable honneur de me l'avoir rendu. ]\lais , sous des noms divers à soi-même contraire , Qui conserva le fils attente sur le père; Et se désavouant d'un aveugle secours ^ , Sitôt qu'il se connaît il en veut à mes jours. J e te devais sa vie , et je me dois justice. Léonce est effacé par le fils de Maurice. Contre un tel attentat rien n'est à balancer, Et je saurai punir comme récompenser.

MABTIAN.

Je sais trop qu'un tyran est sans reconnaissance

Pour en avoir conçu la honteuse espérance ;

Et suis trop au-dessus de cette indignité

Pour te vouloir piquer de générosité.

Que ferais-tu pour moi de me laisser la vie ^ ,

Si pour moi sans le trône elle n'est qu'infamie?

lïéraclius vivrait pour te faire la cour !

Rends-lui, rends-lui son sceptre, ou prive-iedu jour.

Pour ton propre intérêt sois juge incorruptible * :

Ta vie avec la mienne est trop incompatible;

Un si grand ennemi ne peut être gagné.

Et je te punirais de m'avoir épargné.

Si de ton fils sauvé j'ai rappelé l'image,

J'ai voulu de Léonce étaler le courage ,

Afin qu'en le voyant tu ne doutasses plus

Jusques oii doit aller celui d'IIéraclius.

.Te me tiens plus heureux de périr en monarque ,

Que de vivre en éclat sans en porter la marque '^ ;

Et puisque , pour jouir d'un si glorieux sort ,

•Te n'ai que ce moment qu'on destine à ma mort ,

Je la rendrai si belle et si digne d'envie ,

Que ce moment vaudra la plus illustre vie.

M'y faisant donc conduire, assure ton pouvoir,

' On voit la mort , on l'affronte , on la brave ; on ne la Irainc! pas. (V.) * On ne prend point un artilice; c'est un barbarisme. (V.)

3 Cela n'est pas français : on désavoue un secours qu'on a donné , on dément sa conduite , on se rétracte , etc. ; mais on ne 6C désavoue pas : désavouer n'est point un verbe réciproque , ol n'admet point le de. (V.)

4 C'est un solécisme; il faut : en me laissant la vie. (V.)

5 Incorruptible n'est pas le mot propre; c'est inexorable.

^' Toujours moparque et marque. On ne dit pas vivre en éclat, encore moins porter la marque. (V.)

III, SCÈÎSE III.

Et délivre mes yeux de l'horreur de te voir.

PHOCAS

Nous verrons la vertu de cette âme hautaine. Faites-le retirer en la chambre prochaine, Crispe; et qu'on me l'y garde, attendant que mon choix' Pour punir son forfait vous donne d'autres lois.

MARTI AN , à Pulchérie.

Adieu, madame, adieu, je n'ai pu davantage. Ma mort vous va laisser encor dans l'esclavage : Le ciel par d'autres mains vous en daigne affranchir!

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