‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 870 sur 1093 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

PHOCAS, EXUPÊRE, AMINTAS.

J'écoute avec plaisir ces menaces frivoles » ; Je ris d'un désespoir qui n'a que des paroles ; Et, de quelque façon qu'elle m'ose outrager. Le sang d'Héraclius m'en doit assez venger.

Vous donc, mes vrais amis , qui me tirez de peine; Vous, dont je vois l'amour quand j'en craignais la Vous , qui m'avez livré mon secret ennemi , [haine ^ Ne soyez point vers moi fidèles à demi : Résolvez avec moi des moyens de sa perte : La ferons-nous secrète , ou bien à force ouverte ? Prendrons-nous le plus sûr, ou le plus glorieux?

EXUPÈRE

Seigneur, n'en doutez point, le plus sûr vaut le mieux ; Mais le plus sûr pour vous est que sa mort éclate, De peur qu'en l'ignorant le peuple ne se flatte , N'attende encor ce prince, et n'ait quelque raison De courir en aveugle à qui prendra son nom.

PHOCAS

Donc , pour ôter tout doute à cette populace , Nous enverrons sa tête au milieu de la place. .

EXUPÈRE

Mais si vous la coupez dedans votre palais , Ces obstinés mutins ne le croiront jamais ; Et , sans que pas un d'eux à son erreur renonce ,

1 Ce vers n'est pas français ; il fallait : et, sans plus me presser de répondre à tes vœux. Remarquez encore que ce mot vœux est trop faible pour exprimer les ordres d'un tyran. (V.)

2 Cette scène est adroite. L'auteur a voulu tromper jusqu'au spectateur, qui ne sait si Exupère trahit Phocas ou non : cepen dant un peu de réflexion fait bien voir (|ue Phocas est dupe de cet officier. Les trois principaux personnages de cette pièce, Phocas , Héraclius et Martian , sont trompés jusqu'au bout : ce serait un exemple très-dangereux à imiter. Corneille ne se soutient pas seulement ici par l'intrigue, mais par de très-beaux détails. Toutes les pièces ([ue d'autres auteurs ont faites dans ce goût sont tombées à la longue. On veut de la vraisemblance dans l'intrigue, de la clarté, de grandes passions, une élégance continue. (V.)

3 Pourquoi craignait-il la haine d'Amintas ? et s'il a craint la haine d'Kxupère, dont il a fait tuer le père, pourquoi se tie-t il à cet Exupère? J'en crai(/nais n'est pas bien; il fallait: quand j'ai craint votre haine. Malgré l'artifice de cette scène, peutêtre Phocas est-il un peu trop un tyran de comédie, à qui on en fait aisément accroire : il a des troupes, il peut mettre Léontine, Pulchérie et le prétendu Héraclius en pri.sOn; il n'a point pris ce parti , il attend qu'Exupèrelui donne des conseils, il se rend à tout ce (ju'oii lui dit. (V.)

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