‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 890 sur 1093 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

PHOCAS, HÉRACLIUS, PULCHÉRIE, MARTUN, CRISPE, gardes.

CRISPE

Seigneur, vous devez tout au grand cœur d'Exupère '; Il est l'unique auteur de nos meilleurs destins : Lui seul et ses amis ont dompté vos mutins ; Il a fait prisonniers leurs chefs qu'il vous amène.

Dis-lui qu'il me les garde en la salle prochaine ;

Je vais de leurs complots m'éclaircir avec eux. ( Crispe s' en va, et Phocas parle à Héraclius. ) Toi , cependant , ingrat , sois mon lils si tu veux.

En l'état où je suis , je n'ai plus lieu de feindre.

Les mutins sont domptés, et je cesse de craindre. ( à Pulchérie. )

Je vous laisse tous trois. Use bien du moment

Que je prends pour en faire un juste châtiment ;

Et , si tu n'aimes mieux que l'un et l'autre meure ,

Trouve, ou choisis mon fils , et l'épouse sur l'heure ^ ;

Autrement, si leur sort demeure encor douteux ,

Je jure à mon retour qu'ils périront tous deux 4.

Je ne veux point d'un fils dont l'implacable haine

Prend ce nom pour affront , et mon amour pour gêne ' .

Toi....

PULCHÉRIE

Ne menace point; je suis prête à mourir ^.

' Cela n'est pas français ; î<w cœur léger pour une honte ! et cette légèreté consisterait à épouser son frère. Cette scène ne linit pas heureusement. (V.)

* On dirait, à ce mot de grand cœur, qu'Exupère est un héros (jui a offert son secours à Phocas ; mais ce n'est qu'un oflicier qui a obéi aux ordres de son maître , et qui a arrêté des séditieux : et comment n'a-t-il employé que ses amis? l'empereur n'avait-il pas des gardes? (V.)

3 Est-ce là le temps d'un mariage? déplus, Phocas doit-il faire sur-le-champ sa belle-lille d'une personne dont il connaît la haine implacable? il n'a nul besoin d'elle, puisqu'il se croit maître de l'État ; il les laisse tous trois ; qu'en espère-t-il ? il a vu qu'il es"t haï de tous les trois; il doit penser qu'ils tiendront conseil contre lui. Ne voit-on pas un peu trop que c'est uniquement pour ménager une scène entre Pulchérie et les deux princes? (Y.)

4 II faut -.je jure qu'àmon retour ils,... (V.)

s On ne prend point un amour pour gène; il veut dire que sa tendresse gène Héraclius. On ne dit pas non plus : prendre un 7iom pour affront, mais pour un affront. (V.)

^ Cette réponse de Pulchérie nous parait sublime ; et Voltaire n'y fait aucune attention : il ne s'occupe que du ridicule qu'il croit trouver dans la réplique de Phocas. (P )

PHOCAS

A mourir! jusque-là je pourrais te chérir • ! N'espère pas de moi cette faveur suprême ; Et pense....

PULCHÉRIE

A quoi, tyran?

PHOCAS

A m'épouser moi-même »

Au milieu de leur sang à tes pieds répandu.

PULCHÉRIE

Quel supplice !

PHOCAS

Il est grand pour toi ; mais il t'est dû '. Tes mépris de la mort bravaient trop rua colère. Il est en toi de perdre ou de sauver ton frère ; Et du moins , quelque erreur qui puisse me troubler, J'ai trouvé les moyens de te faire trembler.

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