SCÈNE IV
PHOCAS, HÉRACLIUS, PULCHÉRIE, MARTUN, CRISPE, gardes.
CRISPE
Seigneur, vous devez tout au grand cœur d'Exupère '; Il est l'unique auteur de nos meilleurs destins : Lui seul et ses amis ont dompté vos mutins ; Il a fait prisonniers leurs chefs qu'il vous amène.
Dis-lui qu'il me les garde en la salle prochaine ;
Je vais de leurs complots m'éclaircir avec eux. ( Crispe s' en va, et Phocas parle à Héraclius. ) Toi , cependant , ingrat , sois mon lils si tu veux.
En l'état où je suis , je n'ai plus lieu de feindre.
Les mutins sont domptés, et je cesse de craindre. ( à Pulchérie. )
Je vous laisse tous trois. Use bien du moment
Que je prends pour en faire un juste châtiment ;
Et , si tu n'aimes mieux que l'un et l'autre meure ,
Trouve, ou choisis mon fils , et l'épouse sur l'heure ^ ;
Autrement, si leur sort demeure encor douteux ,
Je jure à mon retour qu'ils périront tous deux 4.
Je ne veux point d'un fils dont l'implacable haine
Prend ce nom pour affront , et mon amour pour gêne ' .
Toi....
PULCHÉRIE
Ne menace point; je suis prête à mourir ^.
' Cela n'est pas français ; î<w cœur léger pour une honte ! et cette légèreté consisterait à épouser son frère. Cette scène ne linit pas heureusement. (V.)
* On dirait, à ce mot de grand cœur, qu'Exupère est un héros (jui a offert son secours à Phocas ; mais ce n'est qu'un oflicier qui a obéi aux ordres de son maître , et qui a arrêté des séditieux : et comment n'a-t-il employé que ses amis? l'empereur n'avait-il pas des gardes? (V.)
3 Est-ce là le temps d'un mariage? déplus, Phocas doit-il faire sur-le-champ sa belle-lille d'une personne dont il connaît la haine implacable? il n'a nul besoin d'elle, puisqu'il se croit maître de l'État ; il les laisse tous trois ; qu'en espère-t-il ? il a vu qu'il es"t haï de tous les trois; il doit penser qu'ils tiendront conseil contre lui. Ne voit-on pas un peu trop que c'est uniquement pour ménager une scène entre Pulchérie et les deux princes? (Y.)
4 II faut -.je jure qu'àmon retour ils,... (V.)
s On ne prend point un amour pour gène; il veut dire que sa tendresse gène Héraclius. On ne dit pas non plus : prendre un 7iom pour affront, mais pour un affront. (V.)
^ Cette réponse de Pulchérie nous parait sublime ; et Voltaire n'y fait aucune attention : il ne s'occupe que du ridicule qu'il croit trouver dans la réplique de Phocas. (P )
PHOCAS
A mourir! jusque-là je pourrais te chérir • ! N'espère pas de moi cette faveur suprême ; Et pense....
PULCHÉRIE
A quoi, tyran?
PHOCAS
A m'épouser moi-même »
Au milieu de leur sang à tes pieds répandu.
PULCHÉRIE
Quel supplice !
PHOCAS
Il est grand pour toi ; mais il t'est dû '. Tes mépris de la mort bravaient trop rua colère. Il est en toi de perdre ou de sauver ton frère ; Et du moins , quelque erreur qui puisse me troubler, J'ai trouvé les moyens de te faire trembler.