ANDROMÈDE, ACTE II, SCÈNE II
SI je n'aimais ailleurs , peut-^'tre que moi-même , Oui , peut-être , à le voir si bien fait , si bien né , Il aurait eu mon cœur, s'il n'eût été donné. Mais j'aime trop Phinée, et le cbange est un crime.
AGLANTE
Ce héros vaut beaucoup puisqu'il a votre estime ; Mais il sait ce qu'il vaut, et n'a jusqu'à ce jour A pas une de nous daigné montrer d'amour.
ANDROMÈDE
Que dis-tu.'
AGLANTE
Pas fait même une offre de service.
ANDROMÈDE
Ah ! c'est de quoi rougir toutes avec justice; Et la honte à vos fronts doit bien cette couleur, Si tant de si beaux yeux ont pu manquer son cœur.
CÉPHALIE.
Oij les vôtres , madame , épandent leur lumière , Cette honte pour nous est assez coutumière. Les plus vives clartés s'éteignent auprès d'eux , Conune auprès du soleil meurent les autres feux : Et pour peu qu'on vous voie et qu'on vous considère, Vous ne nous laissez point de conquêtes à faire.
ANDROMÈDE
Vous êtes une adroite; achevez , achevez : C'est peut-être en effet vous qui le captivez ; Car il aime , et j'en vois la preuve trop certaine. Chaque fois qu'il me parle il semble être à la gêne; Son visage et sa voix changent à tout propos ; Il hésite , il s'égare au bout de quatre mots ; Ses discours vont sans ordre; et plus je les écoute, Plus j'entends des soupirs dont j'ignore la route. Où vont-ils, Céphalie ? où vont-ils? répondez.
CÉPHALIE.
C'est à vous d'en juger, vous qui les entendez. UN PAGE , chantant sans être vu.
Qu'elle est lente cette journée!
ANDROMÈDE
Taisons-nous : cette voix me parle pour Phinée ; Sans doute il n'est pas loin , et veut à son retour Que des accents si doux m'expliquent son amour.
LE PAGE
Qu'elle est lente cette journée Dont la fin me doit rendre heureux ' ! Chaque moment à mon cœur amoureux Semble durer plus d'une année.
O ciel ! quel est l'heur d'un amant , Si , quand il en a l'assurance.
Sa juste impatience
Est un nouveau tourment?
' Crjwge chante là une étrange chanson; mais, fùtelle l)Onn(', un page qui vient chanter est bien froid. (V.)
Je dois posséder Andromède :
Juge, Soleil , quel est mon bien!
Vis-tu jamais amour égal au mien ?
Vois-tu beauté qui ne lui cède?
Puis donc que la longueur du jour De mon nouveau mal est la source ,
Précipite ta course,
Et tarde ton retour.
Tu luis encore , et ta lumière Semble se plaire à m'afdiger.
Ah! mon amour te va bien obliger A quitter soudain ta carrière.
Viens , Soleil , viens voir la beauté Dont le divin éclat me dompte;
Et tu fuiras de honte
D'avoir moins de clarté '.