‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 973 sur 1093 · D. LÉONOR, D. MANRIQUE, D. LOPE · texte numérisé non relu

D. LÉONOR, D. MANRIQUE, D. LOPE

D. MAlSRlQliE.

Quoique l'espoir d'un trône et l'amour d'une reine Soient des biens que jamais on ne céda sans peine , Quoiqu'a l'un de nous deux elle ait promis sa f(»i , Nous ees.sons de prétendre où nous voyons un roi. Dans notre ambition nous savons nous connaître ; Ft bénissant le ciel qui nous donne un tel maître, Ce prince qu'il vous rend après tant de travaux Trouve en nous des sujets, et non pas des rivaux : Heureux si l' A ragon , joint avec la Castille , Du sang de deux grands rois ne fait qu'une famille '

Nous vous en conjurons, loin d'en être jaloux , Connue étant l'un et l'autre à l'État plus qu'à nous , Ft, tout inipatients d'en voir la force unie Des Maures, nos voisins, dompter la tyrannie, Nous renonçons sans honte à ce choix glorieux , Qui d'une grande reine abaissait trop les yeux,

D. LEONOR

Fa générosité de votre déférence, Comtes, flatte trop tôt ma nouvelle espérance : D'im avis si douteux j'attends fort peu de fruit ; El ce grand bruit enlin peut-être n'est qu'un bruit. Mais jugez-en tous deux , et me daignez apprendre Ce qu'avecque raison mon creur en doit attendre. Les troubles d'Aragon vous sont assez connus ; Je vous en ai souvent tous deux entretenus, Ft ne vous redis point quelles longues misères Chassèrent don Fernand du trône de ses pères. Il y voyait déjà monter ses ennemis.

Ce prince malheureux, quand j'accouchai d'un fils : On le nomma don Sanche; et, pour cacher sa vie Aux barbares fureurs du traître don Garcie, A peine eus-je loisir de lui dire un adieu , Qu'il le fil enlever sans me dire en quel lieu; Ft je n'en pus jamais savoir que quelques marques, Pour reconnaître un jour le sang de nos monarques. Trop inutiles soins contre un si mauvais sort! Lui-même au bout d'un an m'apprit qu'il était mort. Quatre ans après il meurt et me laisse une lille Dont je vins par son ordre accoucher en Castille. Il me souvient toujours de ses derniers propos; Il mourut en mes bras avec ces tristes mots : « Je meurs , et je vous laisse en un sort déploral)le! « Le ciel vous puisse un jour être plus favorable! « Don Raimond a pour vous des secrets importants, « Ft vous les apprendra quand il en sera temps ■

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