‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 103 sur 594 · SABINE, HORACE, PROCULE · texte numérisé non relu

SABINE, HORACE, PROCULE

SABINE

A quoi s'arrête ici ton illustre colère? Viens voir mourir ta sœur dans les bras de ton père, Viens repaître tes yeux d'un spectacle si doux : Ou , si tu n'es point las de ces généreux coups , Immole au cher pays des vertueux Horaces Ce reste malheureux du sang des Curiaces. Si prodigue du tien, n'épargne pas le leur; Joins Sabine à Camille, et ta femme à ta sœur; Nos crimes sont pareils , ainsi que nos misères , Je soupire comme elle , et déptore mes frères : Plus coupable en ce point contre tes dures lois , Qu'elle n'en pleurait qu'un, et que j'en pleure trois. Qu'après son châtiment ma faute continue.

Sèche tes pleurs , Sabine , ou les cache à ma vue. Rends-toi digne du nom de ma chaste moitié, Et ne m'accable point d'une indigne pitié. Si l'absolu pouvoir d'une pudique flamme Ne nous laisse à tous deux qu'un penser et qu'une âme , C'est à toi d'élever tes sentiments aux miens , Non à moi de descendre à la honte des tiens Je t'aime , et je connais la douleur qui te presse ; Embrasse ma vertu pour vaincre ta faiblesse , I Participe à ma gloire au lieu de la souiller. Tâche à l'en revêtir, non à m'en dépouiller. Es-tu de mon honneur si mortelle ennemie Que je te plaise rai^ux couvert d'une infamie? Sois plus femme que sœur , et , te réglant sur moi , Fais-toi de mon exemple une immuable loi.

' SABINE

Cherche pour t'imiter des âmes plus parfaites. Je ne t'impute point les pertes que j'ai faites. J'en ai les sentiments que je dois en avoir.

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