‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 104 sur 594 · ACTE IV, SCÈNE Vil. 4Î · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE Vil. 4Î

Et je m*en prends au sort plutôt qu*à ton devoir;

Mais enfin , je renonce à la vertu romaine ,

Si, pour la posséder, je dois être inhumaine.

Et ne puis voir en moi la femme du vainqueur

Sans y voir des vaincus la déplorable sœur.

Prenons part en public aux victoires publiques,

Pleurons dans la maison nos malheurs domestiques ,

Et ne regardons point des biens communs à tous ,

Quand nous voyons des maux qui ne sont que pour nous.

Pourquoi veux-tu , cruel , agir d'une autre sorte ?

Laisse en entrant ici tes lauriers à la porte,

Héle tes pleurs aux miens. Quoi ! ces lâches discours

N'arment point ta vertu contre mes tristes jours?

Mon crime redoublé n'émeut point ta colère?

Que Camille est heureuse ! elle a pu te déplaire ;

Elle a reçu de toi ce qu'elle a prétendu ,

Et recouvre là-bas tout ce qu'elle a perdu.

Cher époux, cher auteur du tourment qui me presse.

Écoute la pitié , si ta colère cesse ;

Exerce l'une pu l'autre, après de tels malheurs,

A punir ma faiblesse ou finir mes douleurs :

Je demande la mort pour grâce ou pour supplice ;

Qu'elle soit un effet d'amour ou de justice ,

N'importe ; tous ses traits n'auront rien que de doux ,

Si je les vois partir de la main d'un époux.

Quelle injustice aux dieux d'abandonner aux femmes Un empire si grand sur les plus belles âmes. Et de se plaire à voir de si faibles vainqueurs Régner si puissamment sur les plus nobles cœurs ! Â quel point ma vertu devient-elle réduite ! Rien ne la saurait plus garantir que la fuite. Adieu. Né me suis point , ou retiens les soupirs.

SABINE, seule.

0 colère, ô pitié, sourdes à mes désirs. Vous négligez mon crime, et ma douleur vous lasse, Et je n'obtiens de vous ni supplice ni grâce ! AIlon&-y par nos pleurs faire encore un effort, Et n'employons après que nous à notre mort.

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