‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 131 sur 594 · ACTE m, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE II

Qu'avant que de frapper elle lui fit sentir

Plus d'un remords en l'âme, et plus d'un repentir.

MAXIME

n eut trop de vertu pour tant d'inquiétude ;

n ne soupçonna point sa main d'ingratitude ,

Et fut contre un tyran d'autant plus animé

Qu'il en reçut de biens et qu'il s'en vit aimé,

Conmie vous l'imitez, faites la même chose,

Et formez vos remords d'une plus juste cause,

De vos lâches conseils, qui seuls ont arrêté

Le bonheur renaissant de notre liberté :

C'est vous seul aujourd'hui qui nous l'avez ôtée;

De la main de César Brute l'eût acceptée ,

Et n'eût jamais souffert qu'un intérêt léger

De vengeance ou d'amour l'eût remise en danger.

N'écoutez plus la voix d'un tyran qui vous aime,

Et vouç veut faire part de son pouvoir suprême ;

Mais entendez crier Rome à voire côté :

€ Rends-moi, rends-moi, Cinna, ce que tu m'as ôtô;

€ Et, si tu m'as tantôt préféré ta maîtresse,

€ Ne me préfère pas le tyran qui m'oppresse. »

ClNNA.

Ami, n'accable plus un esprit malheureux Qui ne forme qu'en lâche un dessein généreux. Envers nos citoyens je sais quelle est ma faute , Et leur rendrai bientôt tout ce que je leur ôte ; Hais pardonne aux abois d'une vieille amitié Qui ne peut expirer sans me faire pitié ; Et laisse-moi, de grâce, attendant Emilie, ' Donner un libre cours à ma mélancolie : Mon chagrin t'importuue, et le trouble où je suis Veut de la solitude à calmer tant d'ennuis.

MAXIME

Vous voulez rendre compte à l'objet qui vous blesse De la bonté d'Octave et de votre faiblesse : L'entretien des amants veut un entier secret ; Adieu. Je me retire en confident discret.

474 CINNA

Page 1