‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 162 sur 594 · MARTYRE DE SAINT POLYEUCTE · texte numérisé non relu

MARTYRE DE SAINT POLYEUCTE

autre toute lumineuse, et m*a fait monter sur un cheval ailé pour le suivre : cette vision m'a résolu entièrement à faire ce qu'il y a longtemps que je médite; le seul nom de chrétien me manque; et vousmême, toutes les fois que vous m'avez parlé de votre grand Messie, vous avez pu remarquer que je vous ai toujours écouté avec respect ; et quand vous m'avez lu sa vie et ses enseignements , j'ai toujours admiré la sainteté de ses actions et de ses discours. O Kéarque ! si je ne me croyais pas indigne d'aller à lui sans être initié dans ses mystères et avoir reçu la grâce de ses sacrements , que vous verriez éclater l'ardeur que j'ai de mourir pour sa gloire et le soutien de ses étemelles vérités ! Néarque l'ayant éclaire! sur l'illusion du scrupule où il était par Texemple du bon larron , qui en un moment mérita le ciel , bien qu'il n'eût pas reçu le baptême ; aussitôt notre martyr, plein d'une sainte ferveur, 4)rend l'édit de l'empereur, crache dessus , et le déchire en morceaux qu'il jette au vent ; et voyant des idoles que le peuple portait sur ses épaules pour les adorer, il les arrache à ceux, qui les portaient, les brise contre terre et les foule aux pieds , étonnant tout le monde et son ami même par la chaleur de ce zèle, qu'il n'avait pas espéré.

Son beau-père Félix, qui avait la commission de l'empereur pour persécuter les chrétiens , ayant vu lui-même ce qu'avait fait son gendre, saisi de douleur de voir l'espoir et l'appui de sa famille perdus, tâche d'ébranler sa constance, premièrement par de belles paroles, ensuite par des menaces , enfin par des coups qu'il lui fait donner par ses bour« reaux sur tout le visage : mais n'en ayant pu venir à bout , pour dernier effort il lui envoie sa fille Pauline, afin de voir si ses larmes n'auraient point plus de pouvoir sur l'esprit d'un mari que n'avaient eu ses artifices et ses rigueurs. 11 n'avance rien davantage par là : au contraire, voyant que sa fermeté convertissait beaucoup de païens, if le condamne à perdre la tête. Cet arrêt fut exécuté sur l'heure; et le saint martyr, sans autre baptême que de son sang, s'en alla prendre possession de la gloire que Dieu a promise à ceux qui renonceraient à eux-mêmes pour l'amour de lui.

Voilà en peu de mots ce qu'en dit Surius : le songe de Pauline, l'amour de Sévère, le baptême effectif de Polyeucte, le sacrifice pour la victoire de l'empereur, la dignité de Félix que je fais gouverneur d'Arménie, la mort de Néarque, la conversion de Félix et de Pauline , sont des inventions et des embellissements de théâtre. La seule victojre de l'empereur contre les Perses a quelque fondement dans l'histoire ; et sans chercher d'autres auteurs, elle est rapportée par M. Coeffeteau dans son uUtoire romaine; mais il ne dit pas, ni qu'il leur imposa tribut, ni qu'il envoya foire des sacrifices de remercîment en Arménie.

Si j'ai ajouté ces incidents et ces particularités selon l'art, ou non, les savants en jugeront ; mon but ici n'est pas de les justifier, mais seulement d'avertir le lecteur de ce qu*ll eu peut croire.

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