CORNÉLIE, CÉSAR, ANTOINE, LÉPIDE
César, car le destin, que dans tes fers je brave, Me fait ta prisonnière et non pas ton esclave, Et tu ne prétends pas qu'il m'abatte le cœur Jusqu'à te rendre hommage et te nommer seigneur; De quelque rude trait qu'il m'ose avoir frappée, Veuve du jeune Crasse, et veuve de Pompée, Fille de Scipion, et, pour dire encor plus. Romaine, mon courage est encore au-dessus; Et de tous les assauts que sa rigueur me livre. Rien ne me fait rougir que la honte de vivre. J'ai vu mourir Pompée , et ne l'ai pas suivi ; Et bien que le moyen m'en ait été ravi , Qu'une pitié cruelle à mes douleurs profondes M'ait ôté le secours et du fer et des ondes , Je dois rougir pourtant , après un tel malheur, De n'avoir pu mourir d'un excès de douleur : Ma mort était ma gloire , et le destin m'en prive Pour croître mes malheurs, et me voir ta captive; Je dois bien toutefois rendre grâces aux dieux De ce qu'en arrivant je te trouve en ces lieux , Que César y commande , et non pas Ptolomée. Hélas ! et sous quel astre , ô ciel ! m'as-tu formée , Si je leur dois des vœux de ce qu'ils ont permis Que je rencontre ici mes plus grands ennemis,