‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 255 sur 594 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

CORNÉLIE, tenant DiM petite orne en sa main; PHILIPPE. GORNÉLIE.

Mes yeux, pui&-je vous croire? et n'est-ce point un songe Qui sur mes tristes vœux a formé ce mensonge? Te revoi&-je, Philippe? et cet époux si cher A-t-il reçu de toi les honneurs du bûcher? Cette urne que je tiens contientrelle sa cendre? 0 vous, à ma douleur objet terrible et tendre. Étemel entretien de haine et de pitié , Restes du grand Pompée, écoutez sa moitié. N'attendez point de moi de regrets, ni de larmes; Un grand cœur à ses maux applique d'autres charmes.

834 POMPÉE

Les faibles déplaisirs s'amusent à parler, Et quiconque se plaint cherche à se consoler. Moi, je jure des dieux la puissance suprême. Et, pour dire encor plus, je jure par vous-même; Car TOUS pouvez bien plus sur ce cœur affligé Que le respect des dieux qui Font mal protégé : Je jure donc par vous, 6 pitoyable reste. Ma divinité seule après ce coup funeste. Par vous, qui seul ici pouvez me soulager. De n'éteindre jamais l'ardeur de le venger. Ptolomée à César, par un lâche artifice, Rome, de ton Pompée a fait un sacrifice; Et je n'entrerai point dans tes murs désolés. Que le prêtre et le dieu ne lui soient immolés. Faite&in'en souvenir, et soutenez ma haine, 0 cendres, mon espoir aussi bien que ma peine; Et, pour m'aider un jour à perdre son vainqueur, Versez dans tous les cœurs ce que ressent mon cœur. Toi qui l'as honoré sur cette infftme rive D'une flamme pieuse autant comme chétive, Dis-moi, quel bon démon a mis en ton pouvoir De rendre à ce héros ce funèbre devoir?

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