‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 256 sur 594 · PHILIPPE · texte numérisé non relu

PHILIPPE

Tout couvert de son sang, et plus mort que lui-même,

Après avoir cent fois maudit le diadème,

Itbdame, j'ai porté mes pas et mes sanglots

Du côté que le vent poussait encor les flots.

Je cours longtemps en vain ; mais enfin d'une roche

J'en découvre le tronc vers un sable assez proche.

Où la vague en courroux semblait prendre plaisir

A feindre de le rendre, et puis s'en ressaisir.

Je m'y jette» et l'embrasse, et le pousse au rivage;

Et, ramassant sous lui le débris d'un naufrage.

Je lui dresse un bûcher à la hâte et sans art ,

Tel que je pus sur l'heure, et qu'il plut au hasard.

A peine brûlait-il, que le ciel plus propice

M'envoie un compagnon en ce pieux office :

Cordus, un vieux Romain qui demeure en ces lieux,

Retournant de la ville, y détourne les yeux :

Et, n'y voyant qu'un tronc dont la tête est coupée ,

A cette triste marque il reconnaît Pompée.

Page 1