‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 339 sur 594 · SCÈNE IV LAONICE, TIMAGÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV LAONICE, TIMAGÈNE

LAONICE

Peut-on plus dignement mériter la couronne?

TIMAGÈNE

Je ne suis point surpris de ce qui vous étonne; Confident de tous deux, prévoyant leur douleur, J'ai prévu leur constance , et j'ai plaint leur malheur. Hais y de grâce, achevez l'histoire commencée.

LAONICE

Pour la reprendre donc où nous l'avons laissée, Les Parthes, au combat par les nôtres forcés,

Tantôt presque vainqueurs, tantôt presque enfoncés ,

Sur Tune et Tautre armée également heureuse ,

Virent longtemps voler la victoire douteuse ;

Hais la fortune enfin se tourna contre nous ,

Si bien qu'Antiochus , percé de mille coups ,

Près de tomber aux mains d*une troupe ennemie,

Lui voulut dérober les restes de sa vie ;

Et préférant aux fers la gloire de périr,

Lui-môme par sa main acheva de mourir.

La reine, ayant appris cette triste nouvelle,

En reçut tôt après une autre plus cruelle :

Que Nicanor vivait; que, sur un faux rapport.

De ce premier époux elle avait cru la mort;

Que, piqué jusqu'au vif contre son hyménée,

Son &me à Timiter s'était déterminée ,

Et que , pour s'affranchir des fers de son vainqueur,

n allait épouser la princesse sa sœur.

C'est cette Rodogune, où l'un et l'autre frère

Trouve encor les appas qu'avait trouvés leur père.

La reine envoie en vain pour se justifier;

On a beau la défendre, on a beau le prier,

On ne rencontre en lui qu'un juge inexorable ;

Et son amour nouveau la veut croire coupable :

Son erreur est un crime; et, pour Ten punir mieux,

Il veut même épouser Rodogune à ses yeux ,

Arracher de son front le sacré diadème

Pour ceindre une autre tôte en sa présence même;

Soit qu'ainsi sa vengeance eût plus d'indignité ,

Soit qu'ainsi cet hymen eût plus d'autorité ,

Et qu'il assurât mieux par cette barbarie ,

Aux enfants qui naîtraient, le trône de Syrie.

Hais tandis qu'animé de colère et d'amour

Il vient déshériter ses fils par son retour.

Et qu'un gros escadron de Parthes pleins de joie

Conduit ces deux amants, et court comme à la proie,

La reine, au désespoir de n'en* rien obtenir,

Se résout de se perdre, ou de le prévenir.

Elle oublie un mari qui veut cesser de l'être ,

Qui ne veut plus la voir qu'en implacable maître ;

Et, changeant à regret son amour en horreur.

Elle abandonne tout à sa juste fureur.

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