‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 362 sur 594 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

J*ai donné ces soupirs aux mftnes d*un époux; Et ce sont les effets du souvenir fidèle Que sa mort à toute heure en mon âme rappelle. Princes, soyez ses fils, et prenez son parti.

ANTIOCHUS

Recevez donc son cœur en nous deux réparti ;

Ce cœur, qu'un saint amour rangea sous votre empire,

Ce cœur, pour qui le vôtre à tous moments soupire.

Ce cœur, en vous aimant indignement percé ,

Reprend pour vous aimer le sang qu'il a versé ;

n le reprend en nous , il revit, il vous aime.

Et montre, en vous aimant, qu'il est encor le même.

Ah! princesse, en l'état où le sort nous a mis.

Pouvons-nous mieux montrer que nous sommes ses fils?

Si c'est son cœur en vous qui revit et qui m'aime , Faites ce qu'il ferait s'il vivait en lui-même ; A ce cœur qu'il vous laisse osez prêter un bras : Pouvez-vous le porter, et ne l'écouter pas? S'il vous explique mal ce qu'il en doit attendre, n emprunte ma voix pour se mieux faire entendre. Une seconde fois il vous le dit par moi : Prince, il faut le venger.

J'accepte cette loi.

Nommez les assassins, et j'y cours.

Quel mystère Vous fait, en l'acceptant, méconnaître une mère?

ANTIOCHUS

Ah! si vous ne voulez voir unir nos destins. Nommez d'autres vengeurs , ou d'autres assassins.

Àh! je. vois trop régner son parti dans votre âme ; Prince, vous le prenez?

ANTIOCHUS

Oui, je le prends, Madame, Et j'apporte à vos pieds le plus pur de son sang Que la nature enferme ei\ ce malheureux flanc. Satisfaites vous-même à cette voix secrète Dont la vôtre envers nous daigne être l'interprète ;

Exécutez son ordre ; et hâtez-TOus sur moi

De punir une reine et de venger un roi ;

Mais y quitte par ma mort d*un devoir si sévère ,

Écoutez-en un autre en faveur de mon frère.

De deux princes unis à soupirer pour vous ,

Prenez l'un pour victime, et l'autre pour époux;

Punissez un des fils des crimes de la mère ,

Mais payez l'autre aussi des services du père;

Et laissez un exemple à la postérité , '

Et de rigueur entière, et d'entière équité.

Quoi! n'écouterez-vous ni l'amour ni la haine?

Ne pourrai-je obtenir ni salaire ni peine?

Ce cœur qui vous adore, et que vous dédaignez...

Hélas, prince !

ANTIOCHUS

Est-ce encor le roi que vous plaignez?

Ce soupir ne va-t-il que vers l'ombre d'un père?

Allez , ou , pour le moins , rappelez votre frère.

Le combat pour mon âme était moins dangereux

Lorsque je vous avais à combattre tous deux :

Vous êtes plus fort seul que vous n'étiez ensemble;

Je vous bravais tantôt , et maintenant je tremble.

J'aime; n'abusez pas, prince, de mon secret :

Au milieu de ma haine il m'échappe à regret;

Mais enfin il m'échappe , et cette retenue

Ne peut plus soutenir l'effort de votre vue.

Oui, j'aime un de vous deux malgré ce grand courroux i

Et ce dernier soupir dit assez que c'est vous.

Un rigoureux devoir à cet amour s'oppose :

Ne m'en accusez point, vous en êtes la cause;

Vous l'avez fait renaître en me pressant d'un choix

Qui rompt de vos traités les favorables lois.

D'un père mort pour moi voyez le sort étrange :

Si vous me laissez libre, il faut que je venge ;

Et mes feux dans mon âme ont beau s'en mutiner,

Ce n'est qu'à ce prix seul que je puis me donner.

Mais ce n'est pas de vous qu'il faut que je l'attende;

Votre refus est juste autant que ma demande.

A force de respect votre amour s'est trahi :

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