ACTE V, SCÈNE IV
Timagène» souffrez la douleur d'une mère, Et les premiers soupçons d*une aveugle colère. Comme ce coup fatal n'a point d'autres témoins, J'en ferais autant qu'elle, à vous connaître moins. Mais que vous a-t-il dit? Achevez, je vous prie,
TIMAGÉNE.
Surpris d'un tel spectacle, à l'instant je m'écrie; Et soudain à mes cris, ce prince, en soupirant. Avec assez de peine entr'ouvre un œil mourant; Et ce reste égaré de lumière incertaine Lui peignant son cher frère au lieu de Timagène , Rempli de votre idée, il m'adresse pour vous Ces mots, où l'amitié règne sur le courroux :
€ Une main qui nous fut bien chère c Venge ainsi le refus d'un coup trop inhumain.
« Régnez; et surtout, mon cher frère,
c Gardez-vous de la même main.
€ C'est... > La Parque à ce mot lui coupe la parole; Sa lumière s'éteint, et son âme s'envole; Et moi, tout effirayé d'un si tragique soii, J'accours pour vous en faire un funeste rapport.
ANTIOCHUS
Rapport vraiment funeste, et sort vraiment tragique, Qui va changer en pleurs l'allégresse publique. 0 frère, plus aimé que la clarté du jour! 0 rival , aussi cher que m*était mon amour ! Je te perds , et je trouve en ma douleur extrême Un malheur dans ta mort plus grand que ta mort même. 0 de ses derniers «lots fatale obscurité ! En quel gouffre d'horreur m'as-tu précipité? Quand j'y pense chercher la main qui l'assassine, Je m'impute à forfait tout ce que j'imagine; Mais aux marques enfin que tu m'en viens donner, Fatale obscurité ! qui dois-je en soupçonner? c Une main qui nous fut bien chère ! »
(A Rodognne.)
Madame, est-ce la vôtre, ou celle de ma mère? Vous vouliez toutes deux un coup trop inhumain; Nous vous avons tous deux refusé notre main : Qui de vous s'est vengée? est-ce l'une, est-ce l'autre.
Qui fait agir la sienne au défaut de la nôtre? Est-ce vous qu*en coupable il me faut regarder? Est-ce vous désormais dont je me dois garder?
GLÉOPATRB.
Quoi! vous me soupçonnez?
Quoi ! je vous suis suspecte!
ANTIOCHUS
Je suis amant et fils, je vous aime et respecte;
Mais quoi que sur mon cœur puissent des noms si doux,
A ces marques enfin je ne connais que vous.
As-tu bien entendu? dis-tu vrai, Timagèue?
TIMAGÈNE
Avant qu'en soupçonner la princesse, ou la reine, Je mourrais mille fois ; mais enfin mon récit Contient, sans rien de plus, ce que le prince a dit.
ANTIOCHUS
D*un et d'autre côté Faction est si noire.
Que, n'en pouvant douter, je n'ose encor la croire.
0 quiconque des deux avez versé son sang.
Ne vous préparez plus à me percer le flanc.
Nous avons mal senî vos haines mutuelles.
Aux jours l'une de l'autre également cruelles;
Mais si j'ai refusé ce détestable emploi.
Je veux bien vous servir toutes deux contre moi :
Qui que vous soyez donc, recevez une vie
Que déjà vos fureurs m'ont à demi ravie.
(H tire ton épée, et rent se toer.) RODOGUNE.
Ah ! Seigneur, arrêtez.
TIMAGÈNE
Seigneur, que faites-vous?
ANTIOCHUS
Je sers ou l'une ou l'autre, et je préviens ses coups.
CLÉOPATRE
Vivez, régnez heur(îux.
ANTIOCHUS
Otez-moi donc de doute, Et montrez-moi la main qu'il faut que je redoute, Qui , pour m'assassiner, ose me secourir, Et me sauve de moi pour me faire ^érir.