‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 379 sur 594 · ACTE V, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV

Timagène» souffrez la douleur d'une mère, Et les premiers soupçons d*une aveugle colère. Comme ce coup fatal n'a point d'autres témoins, J'en ferais autant qu'elle, à vous connaître moins. Mais que vous a-t-il dit? Achevez, je vous prie,

TIMAGÉNE.

Surpris d'un tel spectacle, à l'instant je m'écrie; Et soudain à mes cris, ce prince, en soupirant. Avec assez de peine entr'ouvre un œil mourant; Et ce reste égaré de lumière incertaine Lui peignant son cher frère au lieu de Timagène , Rempli de votre idée, il m'adresse pour vous Ces mots, où l'amitié règne sur le courroux :

€ Une main qui nous fut bien chère c Venge ainsi le refus d'un coup trop inhumain.

« Régnez; et surtout, mon cher frère,

c Gardez-vous de la même main.

€ C'est... > La Parque à ce mot lui coupe la parole; Sa lumière s'éteint, et son âme s'envole; Et moi, tout effirayé d'un si tragique soii, J'accours pour vous en faire un funeste rapport.

ANTIOCHUS

Rapport vraiment funeste, et sort vraiment tragique, Qui va changer en pleurs l'allégresse publique. 0 frère, plus aimé que la clarté du jour! 0 rival , aussi cher que m*était mon amour ! Je te perds , et je trouve en ma douleur extrême Un malheur dans ta mort plus grand que ta mort même. 0 de ses derniers «lots fatale obscurité ! En quel gouffre d'horreur m'as-tu précipité? Quand j'y pense chercher la main qui l'assassine, Je m'impute à forfait tout ce que j'imagine; Mais aux marques enfin que tu m'en viens donner, Fatale obscurité ! qui dois-je en soupçonner? c Une main qui nous fut bien chère ! »

(A Rodognne.)

Madame, est-ce la vôtre, ou celle de ma mère? Vous vouliez toutes deux un coup trop inhumain; Nous vous avons tous deux refusé notre main : Qui de vous s'est vengée? est-ce l'une, est-ce l'autre.

Qui fait agir la sienne au défaut de la nôtre? Est-ce vous qu*en coupable il me faut regarder? Est-ce vous désormais dont je me dois garder?

GLÉOPATRB.

Quoi! vous me soupçonnez?

Quoi ! je vous suis suspecte!

ANTIOCHUS

Je suis amant et fils, je vous aime et respecte;

Mais quoi que sur mon cœur puissent des noms si doux,

A ces marques enfin je ne connais que vous.

As-tu bien entendu? dis-tu vrai, Timagèue?

TIMAGÈNE

Avant qu'en soupçonner la princesse, ou la reine, Je mourrais mille fois ; mais enfin mon récit Contient, sans rien de plus, ce que le prince a dit.

ANTIOCHUS

D*un et d'autre côté Faction est si noire.

Que, n'en pouvant douter, je n'ose encor la croire.

0 quiconque des deux avez versé son sang.

Ne vous préparez plus à me percer le flanc.

Nous avons mal senî vos haines mutuelles.

Aux jours l'une de l'autre également cruelles;

Mais si j'ai refusé ce détestable emploi.

Je veux bien vous servir toutes deux contre moi :

Qui que vous soyez donc, recevez une vie

Que déjà vos fureurs m'ont à demi ravie.

(H tire ton épée, et rent se toer.) RODOGUNE.

Ah ! Seigneur, arrêtez.

TIMAGÈNE

Seigneur, que faites-vous?

ANTIOCHUS

Je sers ou l'une ou l'autre, et je préviens ses coups.

CLÉOPATRE

Vivez, régnez heur(îux.

ANTIOCHUS

Otez-moi donc de doute, Et montrez-moi la main qu'il faut que je redoute, Qui , pour m'assassiner, ose me secourir, Et me sauve de moi pour me faire ^érir.

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