‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 38 sur 594 · SCÈNE I CHIMÈNE, ELVIRE · texte numérisé non relu

SCÈNE I CHIMÈNE, ELVIRE

CHIMÉNE.

N'est-ce point un faux bruit? le sais-tu bien , Elvire?

ELVIRE

Vous ne croiriez jamais comme chacun Tadmire,

Et porte jusqu'au ciel , d'une commune voix ,

De ce jeune héros* les glorieux exploits.

Les Maures devant lui n'ont paru qu'à leur honte ;

Leur abord fut bien prompt, leur fuite encor plus prompte;

Trois heures de combat laissent à nos guerriers

Une victoire entière et deux rois prisonniers.

Ea valeur de leur chef ne trouvait point d'obstacles.

CHIVÉNE.

Et la main de Rodrigue a fait tous ces miracles?

ELVIRE

De ses nobles efforts ces deux rois sont le prix; Sa main les a vaincus, et sa main les a pris.

CHIMÈNE

De qui peux-tu savoir ces nouvelles étranges ?

ELVIRE

Du peuple, qui partout fait sonner ses louanges. Le nomme de sa joie et l'objet et l'auteur, Son ange tutélaire et son libérateur.

• CHIMÉNE.

El le roi, de quel œil voit-il tant de vaillance?

ELVIRE

Rodrigue n'ose encor paraître en sa présence ; Mais don Diègue, ravi, lui présente enchaînés. Au nom de ce vainqueur, ces captifs couronnés , Et demande pour grâce à ce généreux prince Qu'il daigne voir la main qui sauve la province.

Mais n'est-il point blessé?

ELVIRE

Je n*en ai rien appris.

Vous changez de couleur ! reprenez vos esprits.

CHIMÉNE.

Reprenons donc aussi ma colère affaiblie : Pour avoir soin de lui faut-il que je m'oublie ? On le vante, on le loue , et mon cœur y consent! Mon honneur est muet, mon devoir impuissant! Silence, mon amour, laisse agir ma colère ; S*il a vaincu deux rois , il a tué mon père ; Ces tristes vêtements , où je lis mon malheur, Sont les premiers effets qu'ait produits sa valeur ; Et quoi qu*on die ailleurs d'un cœur si magnanime. Ici tous les objets me parlent de son crime. Vous qui rendez la force à mes ressentiments , Voile, crêpes, habits, lugubres ornements. Pompe où m*ensevelit sa première victoire , Contre ma passion soutenez bien ma gloire ; Et lorsque mon amour aura trop de pouvoir. Parlez à mon esprit de mon triste devoir, Attaquez sans rien craindre une main triomphante.

ELVIRE

Modérez ces transports , voici venir Tinfanle.

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