‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 396 sur 594 · SCÈNE II HÉRACLIUS, LÉONTINE, EUDOXE · texte numérisé non relu

SCÈNE II HÉRACLIUS, LÉONTINE, EUDOXE

HÉRACLIUS

Madame, il n'est plus temps de taire D'un si profond secret le dangereux mystère : Le tyran, alarmé du bruit qui le surprend,

504 HÉRACLIUS

Rend ma crainte trop juste, et le péril trop grand.

Non que de ma naissance il fasse conjecture ;

Au contraire» il prend tout pour grossière imposture,

Et me connaît si peu, que, pour la renverser,

A l'hymen qu'il souhaite il prétend me forcer.

n m'oppose à mon nom qui le vient de surprendre :

Je suis fils de Maurice , il m'en veut faire gendre ,

Et s'acquérir les droits d'un prince si chéri

En me donnant moi-même à ma sœur pour mari.

En vain nous résistons à son impatience ,

Elle par haine aveugle , et moi par connaissance :

Lui , qui ne conçoit rien de l'obstacle étemel

Qu'oppose la nature à ce nœud criminel.

Menace Pulchérie , au refus obstinée ,

Lui propose à demain la mort ou Thyménée.

J'ai fait pour le fléchir un inutile effort;

Pour éviter l'inceste, elle n'a que la mort.

Jugez s'il n'est pas temps de montrer qui nous sommes,

De cesser d'être fils du plus méchant des hommes,

D'immoler mon tyran aux périls de ma sœur ,

Et de rendre à mon père un juste successeur.

LÉONTINE

Puisque vous ne craignez que sa mort, ou l'inceste, Je rends grâces. Seigneur, à la bonté céleste De ce qu'en ce grand bien le sort nous est si doux Que nous n'avons encor rien à craindre pour vous. Votre courage seul nous donne lieu de craindre : Modérez-en l'ardeur, daignez vous y contraindre; Et puisqu'aucun soupçon ne dit rien à Phocas, Soyez encor son fils, et ne vous montrez pas. De quoi que ce tyran menace Pulchérie, J'aurai trop de moyens d'arrêter sa furie , De rompre cet hymen , ou de le retarder Pourvu que vous veuilliez ne vous point hasarder. Répondez-moi de vous, et je vous réponds d'elle.

HÉRACLIUS

Jamais l'occasion ne s'ofirira si belle. Vous voyez un grand peuple à demi révolté, Sans qu'on sache l'auteur de cette nouveauté. Il semble que de Dieu la main appesantie, Se faisant du tyran l'effroyable partie,

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