ACTE IV, SCËNE V
En ce piteux état quel conseil doia-je suivre?
J'ai craint un ennemi, mon bonheur me le livre;
Je sais que de mes mains il ne peut se sauver.
Je sais que je le vois , et ne puis le trouver.
La nature tremblante, incertaine, étonnée,
D*un nuage confus couvre sa destinée :
L'assassin sous cette ombre échappe à ma rigueur,
Et, présent à mes yeux, il se cache en mon cœur.
Martian! A ce nom aucun ne veut répondre,
Et Tamour paternel ne sert qu'à me confondre.
Trop d*un Héraclius en mes mains est remis ;
Je tiens mon ennemi, mais je n'ai plus de fils.
Que veux-tu donc, nature? et que prétends-tu faire?
Si je n'ai plus dé fils, puis-je encore être père?
De quoi parle à mon cœur ton murmure imparfait?
Ne me dis rien du tout, ou parle tout à fait.
Qui que ce soit des deux que mon sang ait fait naître.
Ou laisse-moi le perdre , ou fais-le-moi connaître.
0 toi, qui que tu sois, enfant dénaturé.
Et trop digne du sort que tu t'es procuré.
Mon trône est-il pour toi plus honteux qu'un supplice?
0 malheureux Phocas ! 6 trop heureux Maurice !
Tu recouvres deux fils pour mourir après toi.
Et je n'en puis trouver pour régner après moi !
Qu'aux honneurs de ta mort je dois porter envie,
Puisque mon propre fils les préfère à sa vie !