‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 456 sur 594 · ISABELLE · texte numérisé non relu

ISABELLE

Vous avez bien servi, marquis, et jusqu'ici Vos armes ont pour nous dignement réussi : Je pense avoir aussi bien payé vos sei-vices. Malgré vos envieux et leure mauvais offices. J'ai fait beaucoup pour vous ; et tout ce que j'ai fait Ne vous a pas coûté seulement un souhait. Si cette récompense est pourtant si petite Qu'elle ne puisse aller jusqu'à votre mérite.

S'il Yous en reste encor quelque autre à souhaiter. Parlez, et donnez-moi moyen de m*acquitter.

CARLOS

Après tant de faveurs à pleines mains versées , Dont mon cœur n'eût osé concevoir les pensées, Surpris, troublé, confus, accablé de bienfaits, Que j'osasse former encor quelques souhaits !

D. ISABELLE

Vous êtes donc coiitent; et j'ai lieu de me plaindre.

CARLOS

De lyoi?

D. ISABELLE

De vous , marquis. Je vous parle sans feindre : Écoutez. Votre bras a bien servi l'État, Tant que vous n'avez eu que le nom de soldat; Dès que je vous fais grand, sitôt' que je vous donne Le droit de disposer de ma propre personne , Ce même bras s'apprête à troubler son repos. Comme si le marquis cessait d'être Carlos, Ou que cette grandeur ne fût qu'un avantage Qui dût à sa ruine armer votre courage. Les trois comtes en sont les plus fermes soutiens : Vous attaquez en eux ses appuis et les miens ; C'est son sang le plus pur que vous voulez répandre : Et vous pouvez juger l'honneur qu'on leur doit rendre, Puisque ce même État me demandant un roi , Les a jugés eux trois les plus dignes de moi. Peut-être uo-peu d'orgueil vous a mis dans la tête Qu'à venger leur mépris ce prétexte est honnête ; Vous en avez suivi la première chaleur : Mais leur mépris va-t-il jusqu'à votre valeur? N'en ont-ils pas rendu témoignage à ma vue? Ils ont fait peu d'état d'une race inconnue. Ils ont douté d'un sort que vous voulez cacher : Quand un doute si juste aurait dû vous toucher. J'avais pris quelque soin de vous venger moi-même. Remettre entre vos mains le don du diadème. Ce n'était pas, marquis, vous venger à demi. Je vous ai fait leur juge, et non leur ennemi; Et si sous votre choix j'ai voulu les réduire. C'est pour vous faire honneur, et non pour les détniire :

Page 1