‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 518 sur 594 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

Ce sont des sentiments que je ne puis trahir : Je ne veux point de rois qui sachent obéir ; Et, puisque vous voyez mon âme tout entière. Seigneur, ne perdez plus menace ni prière»

FLAMINIUS

Puis-je ne pas vous plaindre en cet aveuglement? Madame, encore un coup, pensez-y mûrement : Songez mieux ce qu'est Rome , et ce qu'elle peut faire; Et, si vous vous aimez, craignez de lui déplaire. Carthage étant détruite , Antiochus défait , Rien de nos volontés ne peut troubler Tefifet : Tout fléchit sur la terre, et tout tremble sur Tonde; Et Rome est aujourd'hui la maîtresse du monde.

LAODICE

La maltresse du monde ! Ah! vous me feriez peur,

S'il ne s'en fallait pas l'Arménie et mon cœur,

Si le grand Annibal n'avait qui lui succède,

S'il ne revivait pas au prince Nicomède,

Et s'il n'avait laissé dans de si dignes mains

L'infaillible secret de vaincre les Romains.

Un si vaillant disciple aura bien le courage

D'en mettre jusqu'au bout les leçons en usage :

L'Asie en fait l'épreuve , où trois sceptres conquis

Font voir en quelle école il en a tant appris.

Ce sont des coups d'essai , mais si grands que peut-être

Le Capitole a droit d'en craindre un coup de maître,

Et qu'il ne puisse un jour...

FLAMINIUS

Ce jour est encor loin, Madame, et quelques-uns vous diront, au besoin, Quels dieux du haut en bas renversent les profanes, Et que, même au sortir de Trébie et de Cannes, Son ombre épouvanta votre grand Annibal. Mais le voici ce bras à Rome si fatal.

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