ACTE V, SCÈNE I. G
Prévois-tu les malheurs qu'ensuite j*apprébende?
Sitôt que d* Arménie elle t*aura fait roi.
Elle t'engagera dans sa haine pour moi.
Hais, ô dieux! pourra-t-elle y borner sa vengeance?
Pourras-tu dans son lit dormir en assurance?
Et refusera-t-elle à son ressentiment
Le fer ou le poison pour venger son amant?
Qu'est-ce qu'en sa fureur une femme n'essaie?
ATTALE
Que de fausses raisons pour me cacher la vraie !
Rome, qui n'aime pas à voir un puissant roi.
L'a craint en Nicomède, et le craindrait en moi.
Je ne dois plus prétendre à l'hymen d'une reine,
Si je ne veux déplaire à notre souveraine ;
Et , puisque la fâcher ce serait me trahir,
Afin qu'elle me souffre il vaut mieux obéir.
Je sais par quels moyens sa sagesse profonde
S'achemine à grands pas à l'empire du monde.
Aussitôt qu'un État devient un peu trop grand ,
Sa chute doit guérir l'ombrage qu'elle en prend.
C'est blesser les Romains que faire une conquête,
Que mettre trop de bras sous une seule tète ;
Et leur guerre est trop juste après cet attentat
Que fait sur leur grandeur un tel crime d'État,
Eux, qui pour gouverner sont les premiers des hommes,
Veulent que sous leur ordre on soit ce que nous sommes,
Veulent sur tous les rois un si haut ascendant
Que leur empire seul demeure indépendant.
Je les connais. Madame, et j'ai vu cet ombrage
Détruire Antiochus et renverser Carthage.
De peur de choir comme eux, je veux bien m'abaisser,
Et cède à des raisons que je ne puis forcer :
D'autant plus justement mon impuissance y cède,
Que je vois qu'en leurs mains on livre Nicomède.
Un si grand ennemi leur répond de ma foi ;
C'est un lion tout prêt à déchaîner sur moi.
ARSINOÉ
C'est de quoi je voulais vous lEaire confidence : Hais vous me ravissez d'avoir celte prudence. Le temps pourra changer; cependant prenez soin D'assiurer des jaloux dont vous avez besoin.
C78 NICOMÊDE.