SCENE I VIRIATE, THAMIRE
VIRIATE
Thamire, il faut parler, l'occasion nous presse : Rome jusqu'en ces murs m'envoie une maîtresse;
710 SERT0R1US
Et Texil d'Aiistie, enveloppé cl*ennuis.
Est prêt à remporter sur tout ce que je suis.
En vain de mes regards Tingénieux langage,
Pour découvrir mon cœur, a tout mis en usage ;
En vain , par le mépris des vœux de tous nos rois ,
J*ai cru faire éclater Torgueil d'un autre choix ;
Le seul pour qui je tâche à le rendre visible ,
Ou n'ose en rien connaître, ou demeure insensible,
Et laisse à ma pudeur des sentiments confus,
Que l'amour-propre obstine à douter du refus.
Épargne-m'en la honte, et prends soin de lui dire,
A ce héros si cher... Tu le connais, Thamire;
Car d'où pourrait mon trône attendre un ferme appui?
Et pour qui mépriser tous nos rois, que pour lui?
Sertorius , lui seul digne de Viriate ,
Mérite que pour lui tout mon amour éclate.
Fais-lui, fais-lui savoir le glorieux dessein
De m'aflermir au trône en lui donnant la main :
Dis-lui... Mais j'aurais tort d'instruire ton adresse,
Moi qui connais ton zèle à servir ta princesse.
THAMIRE
Madame , en ce héros tout est illustre et grand ; Mais, à parler sans fard, votre amour me surprend. Il est assez nouveau qu'un homme de son âge Ait des charmes si forts pour un jeune courage » Et que d'un front ridé les replis jaunissants Trouvent l'heureux secret de captiver les sens.
VIRIATE
Ce ne sont pas les sens que mon amour consulte : Il hait des passions l'impétueux tumulte ; Et son feu que j'attache aux soins de ma grandeur Dédaigne tout mélange avec leur folle ardeur. J'aime en Sertorius ce grand art de la guerre Qui soutient un banni contre toute la terre ; J'aime en lui ces cheveux tout couverts de lauriers, Ce front qui fait trembler les plus braves guerriers, Ce bras qui semble avoir la victoire en partage. L'amour de la vertu n'a jamais d'yeux pour l'âge; Le mérite a toujours des charmes éclatants. Et quiconque peut tout est aimable en tout temps.