‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 590 sur 594 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

L'amant de votre femme et ce rival fameux

Qui s'opposait partout au succès de vos vœux*

Je vous rends Aristie, et finis cette crainte

Dont votre âme tantôt se montrait trop atteinte;

Et je vous affiranchis de ce jaloux ennui

Qui ne pouvait la voir entre les bras d'autrui.

Je fais plus : je vous livre une fière ennemie,

Avec tout son orgueil, et sa Lusitauie;

Je vous en ai fait maître, et de tous ces Romains

Que déjà leur bonheur a remis en vos mains.

Conune en un grand dessein, et qui veut promptitude,

On ne s'explique pas avec la multitude.

Je n'ai point cru. Seigneur, devoir apprendre à tous

Celui d'aller demain me rendre auprès de vous;

Mais j'en porte sut* moi d'assurés témoignages.

Ces lettres de ma foi vous seront de bons gages;

Et vous reconnaîtrez, par leurs perfides traits

Combien Rome pour vous a d'ennemis secrets,

Qui tous, pour Aristie enflammés de vengeance.

Avec Sertorius étaient d'intelligence.

Lisez.

( D lui doDoe Its lettres qn*Ariitie irait apportées de Borne à Sertoiios.)

Quoi! scélérat! quoi! lâche! oses-tu bien...

PERPENNA

Madame, il est ici votre maître et le mien ;

Il faut en sa présence un peu de modestie ,

Et, si je vous oblige à quelque repartie,

La faire sans aigreur, sans outrages mêlés,

Et ne point oublier devant qui vous parlez.

Vous voyez là. Seigneur, deux illustres rivales,

Que cette perte anime à des haines égales.

Jusques au dernier point elles m'ont outragé ;

Mais, puisque je vous vois, je suis assez vengé.

Je vous regarde aussi comme un dieu tutélaire;

Et ne puis... Mais, ô dieux! Seigneur, iiu'allez-vous foire?

POMPÉE, après SToir brûlé les lettres sans les lire.

Montrer d'un tel secret ce que je veux savoir. Si vous m*aviez connu , vous l'auriez su prévoir. Rome en deux factions trop longtemps partagée N'y sera point pour moi de nouveau replongée ;

756 SERTORIUS

Et quand Syila lui rend sa gloire et son bonheur. Je n'y remettrai point le carnage et rhorreur. Oyez, Celsus.

(niniptrieàroreille.)

Surtout empêchez qu'il ne nomme Aucun des ennemis qu'elle m'a foits à Rome.

(A Perpenna.)

Vous, suivez ce tribun; j'ai quelques intérêts Qui demandent ici des entretiens secrets.

PERPENNA

Seigneur, se pourrait-il qu'après un tel service...

POMPÉE

J'en connais l'importance, et lui rendrai justice. Allez.

PERPENNA

Mais cependant leur haine...

POMPÉE

C'est assez.

Je suis maître; je parle; allez, obéissez.

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