X VIE DE P. CORNEILLE
tnii • il 8'esi abandonné à un excès de tendresse dont il n*aarait pas voulu déshonorer son nom.
Il ne pouvait mieux braver son siècle qu*en lui donnant Afiilay digne roi des Huns. U règne dans cette pièce une férocité noble que lui seul pouvait attraper. La scène oè Attila délibère s*il se doit allier à l'empire qui tombe ^ ou à la France qui s*élève, est une des belles choses qu'il ait faites.
Bérénice fvLi un duel dont tout le monde sait l'histoire. Une princesse Sfort tonchée des choses d'esprit , et qui eût pu les mettre à la mode dans un pays barbare, eut besoin de beauccup d*adresse pour faire trouver les deux combattants snr le champ de bataille sans qu'ils sussent où on les menait. Hais à qui demeura la victoire? au plus jeune.
Il ne reste plus que Puichérie et Suréndy tous deux sans comparaison meilleurs que Bérénice , tous deux dignes de la vieillesse d'un grand homme. Le caractère de Puichérie est de ceux que lui seul pouvait faire ; et 0 s'est dépeint luiHoaème avec bien de la force dans Martian, qm est un vieillard amoureux. Le cinquième acte de cette pièce est tout à fait beau.
On voit dans Suréna une belle peinture d'un homme que son trop de mérite et de trop grands services rendent criminel auprès de son maître; et ce fut par ce dernier effort que M. Ck>meille termina sa carrière.
La suite de ses pièces représente ce qui doit naturellement arriver à un grand homme qui pousse le travail jusqu'à la fin de sa vie. Ses commencements sont fubtes et imparfaits, mais déjà dignes d'admiration par rapport à son siècle. Ensuite il va aussi haut que son art peut atteindre. A la fin il s'affaiblit, s'éteint pea à peu , et n'est plus semblable à lui-même que par intervalles.
Après Suréna^ qui fut joué en 1675, M. Corneille renonça tout de bon au théâtre, et ne pensa plus qu'à moiu*ir chrétiennement, n ne fut pas môme en état d'y penser beaucoup la dernière année de sa vie.
Je n'ai pas cru devoir interrompre la suite de ses grands ouvrages pour parler de quelques autres beaucoup moins considérables qu'il a donnés de temps en temps. Il a fait, étant jeune, quelques petites pièces de galanterie , qui sont répandues dans des recueils. On a encore de lui quelques petites pièces de cent
■ Henriette^Aone d* Angleterre.
VIB DE P. CORNEILLE. xi
00 de deax cents vers au roi, soit pour le féliciter de ses victoires, MHt pour lui demander des grâces, soit pour le remercier de celles qu'il en avait reçues. U a traduit deux ouvrages latins du père de La Rue, tous deux d'assez longue baleine, et plusieurs petit4» pièces de M. de Santeuil. U estimait extrêmement ces deux poètes. Lui-même faisait fort bien des vers latins, et il fsn fit sur la campagne de Flandre, en 1667, qui parurent si beaux, que, non-seulement plusieurs personnes les miieat en français, mais que les meilleurs poètes latins en prirent Tidée et les mirent encore en latin.
n avait traduit sa première scène de Pompée en vers du style de Sénèque le Tragique» pour lequel il n'avait pas d'aversion , non plus que pour Lucain. Il fallait aussi qu'il n'en eût pas pour Stace, fortinférieur h Lucain, puisqu'il en a traduit en vers et publié les deux premiers livres de la Thébaîde. Us ont écbappé à toutes les recherches qu'on a faites depuis un temps pour en retrouver quelque exemplaire.
M. GomeiHe était assez grand et assez plein; l'air fort simple et fort commun; toujours négligé, et peu curieux de son extérieur. U avait le visage assez agréable, un grand nez, la boucbe belle, les yeux pleins de feu , la physionomie vive, des traits fort marqués et propres à être transmis à la postérité dans une médaille ou dans un buste. Sa prononciation n'était pas tout à fait nette; il lisait ses vers avec force, mais sans grâce.
n savait les belles-lettres, l'histoire, la politique; mais il les prenait principalement du côté qu'elles ont rapport au théâtre. U n'avait pour toutes les autres connaissances, ni loisir, ni curiosité, ni beaucoup d'estime. Il parlait peu , même sur la matière qu'il entendait si parfaitement. Il n'ornait pas ce qu'il disait; et, pour trouver le grand Corneille, il le fallait lire.
U était mélancolique^ il lui fallait des sujets plus solides pour espérer et pour se réjouir que pour se chagriner ou pour craindre, n avait l'humeur brusque, et quelquefois rude en apparence; au fond il était très-aisé à vivre, bon père, bon mari , bon parent, tendre et plein d'amitié. Son tempérament le portait assez à l'amour, mais jamais au libertinage, et rarement aux grands attachements. 11 avait l'âme fière et indépendante; nulle souplesse, nul manège : ce qui l'a rendu très-propre à peindre la vertu romaine et très-peu propre à faire sa fortune. U n'aimait