‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 100 sur 227 · LI.I(i · texte numérisé non relu

LI.I(i

Veux- tu sçavoir, Brués (a), en quel estât je suis ? Je te le conteray : d'un pauvre misérable Il n'y a nul estât, tant soit-ii pitovable, Que je n'aille passant d'un seul de mes ennuis.

Je tiens tout, je n'ay rien ; je veux, et si ne puis. Je revy, je remeurs, ma playe est incurable.

?ui veut servir Amour, ce tyran exécrable^ our toute recompense il reçoit de tels fruis. Pleurs, larmes et souspirs accompagnent ma vie, Langueur, douleur, regret, soupçon et jalousie, Avecques un penser qui ne me laisse avoir

Un moment de repos ; et plus je ne sens vivre L'espérance en mon cœur, mais le seul desespoir, Qui me guide à la mort, et je le veux bien suivre.

LU 1(0

Çj uiconque voudra suivre Amour ainsy que moy, ^V^Celuy se délibère en pénible tristesse Mourir ainsy que moy : il pleut à la déesse Qui tient Cypre en ses mains d'ordonner telle loy.

Après avoir souffert maint deuil et maint emoy, Il lui faudra mourir, et sa fiere maistresse, Le voyant au tombeau, sautera de liesse Sur le corps trespassé pour luy garder sa foy.

Allez donc maintenant faire service aux dames,

1 . Pris d'un sonnet de Pétrarque, qui commence : Pace non trovo , e non ho da far guerra , etc.

2. Brués, savant en droit et en philosophie, anteur de cKalogues. Dans d^ éditions plus récentes, ce sonnet est adressé à Binet. Claude Binet etoit , dit atUcAu , faonune fort docte et des mieux versez en la cognoissance du droict et de la poésie.

}. Adoressé au sieur de Pardaillan, gentilhomme gascon.

Second Livre. 20;

Ofirez-leur pour présent et vos corps et vos âmes, Et vous en recevrez un salaire bien doux 1

Jecroy que Dieu les feità fin de nuire à l'homme; II les feit, rardaillan, pour nostre malheur comme Les tigres, les lions, les serpens et les lous.

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