LIV
J'avois cent fois juré de jamais ne revoir (0 serment d'amoureux!) Tangelique visage Qui depuis quinze mois en pénible servage Emprisonne mon cœur, que je ne puis r'avoir.
J en avois fait serment; mais je n'ay le pouvoir D'estre seigneur de moy, car mon forcé courage , Bien que soit maugré moy, surmonté de l'usage D'Amour, tousiours m'y mène, abusé d'un espoir.
Le Destin, Pardaillan, est une forte chose :
L'homme dedans son cœur ses affaires dispose , Mais le Ciel fait tourner ses desseins au recours.
Je sçay bien que je fay ce que je ne doy faire. Je sçay bien que je suv de trop folles amours; Mais quoy 1 puis que le Ciel délibère au contraire.
Ne me suy point, Belleau. allant à la maison De celle qui me tient en aouleur nompareille; Ignores-tu les vers chantez par la corneille A Mopse, qui suivoit la trace de Jason (>) ?
1. Pris de Callimach, duquel Texemplaire est maintenant dépravé; toutefois, le sens est aisé à conjecturer. (B.)
2. Au troisiesme livre des Argonautes, Apolloine Rhodien conte comme Jason, ayant délibéré un jour d'aller voir Medée, s'accompagna de Mopsus, grand augure. Toutesfois, Junon, qui favorisoit Jason, sçachant qu'il ne recevroit annme cour toisie si Medée le trouvoit accompagné, suscita une corneille à laquelle elle fit chanter des vers grecs, à fin que Mopsus eust à se retirer. [L'autheur a usé de la semblable imitation dans la Franciade, lors que Francus va trouver Hyante.] (B.)
Z04 AuûUfkS.
« Prophète, diti'câseaa, tu n'as point deTaisotf De suivre cetamant^jui tootsest sîappareille D'aller voir ses aniûufs;.pea sage est qui conseille Et qui suit us anant joiuid il n^ea est saison. »
Pour ton profil, BeUean, je ne veuil que tu voyc Celle qui par les yeux la playe au cœur m'envoye, De peur que tu ne prenne un mal au mien pareil.
II suffit que sans toy je sois seul misérable; Reste sain, je te pri', pour estre secourable A ma douleur extrême et m'y donner conseil.
CHANSON (')
Comme la cire peu à peu, Quand près de la flâme on l'approche , Se fond .à la chaleur du feu , Ou comme au faiste d'une roche La neige encores non foulée Au soleil se perd escoulée ; .
Quand tu tournes tes yeux ardans Sur moy d'une œillade subtile, Je sens tout mon cœur au dedans Qui se consomme et se distille , Et ma pauvre ame n'a partie Qui ne soit en feu convertie.
Comme une rose qu'un amant Cache au sein de quelque pucelle Qu'elle enferme bien cnerement Près de son tetin qui pomelle, Puis chet fanie sur la place Au soir quand elle se délace,