‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 102 sur 227 · I . Pris de Manille · texte numérisé non relu

I . Pris de Manille

Ignhos quoties tuos ocellos In me, vita, moves , repente quaRs Çe« destuit impotente ûmoM , Aut aix vere oovo,

Second Livre. 205

Et comme un lys par trop lavé De quelque pluye printaniere Panche à bas son cnef ajfgravé Dessus la terre nourricière , Sans que jamais il se relevé.

Tant rhumeur pesante le grive ;

Ainsi ma teste à mes genoux Me tombe, et mes genoux à terre ; Sur moy ne bat veine ny pouls , Tant la douleur le cœur me serre ; Je ne puis parler, et mon ame Engourdie en mon corps se pâme.

Lorsainsy pasmé je mourrois Si d'un seul baiser de ta bouche Mon ame tu ne secourois Et mon' corps, froid comme une souche, Me resouflant en chaque veine La vie par ta douce haleine,

Afin d'estre plus tourmenté Et que plus souventje remeure Comme le cœur de Promethé,

?ui renaist cent fois en une heure, our servir d'apast misérable A son vautour insatiable.

LVÏ.

Si J'avois un haineux qui me vodust la mort , Pour me venger de luy je ne voudrais luy faire Que regarder les yeux de ma douce contraire , Qui , SI fiers contre moy, me font si doux effort.

Geste punition, tant son regard est fort.

Luy seroit une horreur, et se voudroit défaire ; Ny le mesme plaisir ne luy sçauroit plusplàii^, Seulement au trespas seroit son reconfort.

Le regard monstrueux de la Méduse antique Au^prix du sien i|,'estrân que iable poétique : Méduse seulement tanmoit-i'hoBimé'eii' rocher,

2o6 Amours.

Mais ceste-cy en-roche, en-eauë, en-glace, en-foue ( ' ), Ceux qui de ses regards osent bien approcher, Et si en les tuant la mignonne se joue {a).

J'auray tousiours au cœur attachez les rameaux Du lierre ou ma dame osa premier escrire L'amour qu'elle n'osoit de sa bouche me dire, Pour crainte d'un seigneur, la cause de mes maux.

Sur toy jamais hiboux , orfrayes ny corbeaux Ne se viennent brancher; jamais ne puisse nuire Le fer à tes rameaux, et à toy soit Tempire, lierre amoureux , de tous les arbrisseaux.

Non pour autre raison le grand fils de Semele Environfte de toy sa perrucjue immortelle Que pour recompenser le bien que tu luy fis.

Quand sur les bords de Die Âriadne laissée Comme sur un papier luy trassa ses ennuis, Escrivant dessus toy s'amour et sa pensée.

MADRIGAL

Amour voulut le corps de ceste mouche prendre Qui fait courir les bœufs en esté par les bois ; Puis H choisit un trait sur tous ceux du carquois. Qui piquant sçait le mieux dedans les cœurs descendre.

il eslongna ses mains et fit son arc estendre En croissant qui se courbe aux premiers jours du mois, Puis me lascha le trait, contre qui le harnois

a, Var. : enfoue , englact

De quel monstre, lecteur, a-4-elle(2)prissa racef

1 . Tourne en roche, en eau, en glace, en feu. Mots nouveaux.

2. En lieu de dire a-dle, pour éviter la cacophonie. Celle innovation de Ronsard a été conservée.

M^iBîfcf T'r*li-'"^'^ " '-» ~.>'^'. '^■-'=TiB i' - Il ' N-^- --• .- .1--— ■

Second Livre. 207

D'Achille ny d*Hector ne se pourrôit défendre.

Après qu'il m'eust blessé , en riant s'en-vola , Et par Pair mon esprit avec luy s'en alla ; Mais toutesfois au cœur me deitioura la playe ,

Laquelle pour néant cent fois le jour j'essaye De la vouloir guérir; mais tel est son effort Que je voy bien qu'il faut que maugré moy je l'aye, Et que pour la guérir le remède est la mort {a),

CHANSON (1)

Voulant, ô ma douce moitié , T'asseurer que mon amitié Jamais ne se verra faillie , Je te fis, pour t'asseurer mieux, Un serment juré par mes yeux, Et par mon cœur, et par ma vie.

— Tu jures ce qui n'est à toy ; Ton cœur et tes yeux sont à moy D'une promessse irrévocable, Ce me dis-tu. — Lasl pour le moins Reçoy mes larmes pour tesmoins Que ma parole est véritable 1 Alors, belle, tu me baisas, Et doucement des-attisas Le feu qui brusle mon courage; Puis tu ns signe de ton œil

a. Ces quatre vers remplacent les cinq derniers :

Penser, va-t*en au ciel, la terre est trop commune. Adieu, Amour, adieu! Adieu, penser, adieu!

Ny l'un ny l'autre en moy vous n'aurez plus de lieu : Tousjours l'un me maistrise, et l'autre m'importune,

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