‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 103 sur 227 · I. Plis de Manille · texte numérisé non relu

I. Plis de Manille

Juravi fore me tuum perenne,

Per me , per caput hoc , per hos ocellos.

208 AifOURS.

Que ta recerols bien mon dueil Et mes larmes pour tesmoignage.

LVÏII.

APhebus, mon Grevin (>), tu es du tout semblable De face et de cheveux, et d'art et de sçavoir. A tous deux dans le cœur Amour a fait avoir Pour une belle dame une plave incurable.

Ny herbe ny onguent ne t est point secourable, Car rien ne peut forcer de Venus le pouvoir ; Seulement tu peux bien par tes vers recevoir A ta playe amoureuse un secours profitable

En cliantant, mon Grevin, ori tnarme lé soucy ; Le cyclope aetnean se guerissoit ainsi , Chantant sur son flageol sa belle Gâlatèe.

La peine descouverte allégué nostre cœur; Ainsi moindre devient la plaisante langueur Qui vient de trop aimer, quand elle est bien chantée.

Marie, tout ainsi aue vous m'avjèz tourné Ma raison, oui ae libre e^ maintenant' servile. Ainsi m'avez tourne mon mvé premier st9e^, Qui pour chanter si bas nestoit point ordohi^é.

Au moins si vous m'aviez pour ma perte donfté Conjgé de manier vostre cuisse gentile ^ Ou bien si vous estiez à mes désirs faale, Je n'eusse regretté mon style abandonné.

Las ! ce qui plus me deult , c'est que vous n'estes pas

I. Jacques Grevin, auteur diamttiaue. Ronsard, s'étant fâché avec lui, dédia ensuite ce sonnet a Jean PaloiUet , « Pun de nos meilleurs et plus fidèles amis , dit Belleau , homme de grand jugement, de grande lecture, et des mieux- vcr^z en b cognoissance des langues » histoires et autres bonn^ sciences. Ce commencement est tiié d'une edoguè de Theocrite.»

Second Livre. 209

Contente de me voir ainsy parler si bas, Qui soulois m'eslever d'une muse hautaine ;

Aiais, me rendant à vous, vous me manquez de foy, Et si me traitez mal, et, sans m'oster de peme, Tousjours vous me liez et triomphez de moy {a).

sa

CHANSON

i Je t'assauls, Amour, dieu qui m'es trop cognu,

^En vain je te feray dans ton camp des alarmes : Tu es un vieil routier, et bien appris aux armes, Et moy jeune guerrier, roal-appris'et tout nu.

Si je niy devant toy, je ne sçaurois aller En lieu que je ne sois aevancé de ton aile ; Si je veux me cacher, Pamoureuse estincelle Qui reluit en mon cœur me viendra déceler.

Si je veux m'embarquer, tu es fils de la mer ; Si je m*enleve au ciel , ton pouvoir y commande ; Si )e tombe aux enfers, ta puissance y est grande ; Ainsi, maistre de tout, force m'est de t'aimer.

Or je t'aimeray donc, bien qu'envis de mon cœur , Si c'est quelque amitié que d'aimer par contrainte. Toutesfois (comme on dit), on voit souvent la crainte S'accompagner d'amour, et l'amour de la peur.

a. Yar. :

Non un empire enflé de mainte riche ville. Mais un petit baiser, recompense facile, Je n'eusse repeUi mon style abandonné.

Las I ce ^m plus me deult, c'est que n'estes contante De voir que ma muse est si basse et si rampante, Qui souloit apporter aux François un effroy.

Mais vostre peu d'amour ma loyauté tourmtnU, Et, sans aucun espoir d'une meilleure attente, Tousjours vous me lia et triomphez de moy, Ronsard, — I. 14

210 Amours.

CHANSON (i).

Je suis nn demy-dieu <)uand, assis vis-à-vis De tôy, mon cher souci, j'escoute les devis, Devis entre-rohipus d'un gracieux sou-rire.

Souris qui me retient le cœur emprisonné :

Car, en voyant tes yeux, je nie pasme estonné, Et de mes pauvres flancs un seul vent je ne tire. Ma langue s'engourdit, un petit feu me court Frétillant sous la peau ; je suis muet et sourd, Et une obscure nuit dessus mes yeux demeure ; Mon sang devient glacé, Tesprit fuit de mon corps , Je trembk tout de crainte^ et peu s'en faut alors Qu'à tes pieds estendu sans ame je ne meure.

Page 1