LX
J*ay Tame pour un lict de regrets si touchée Que nul, et fut-ce unroy, ne fera que j'approucbe Jamais de la maison, encor moins de la couene Où je vy ma maistresse au mois de may couchée.
Un somme languissant la tenoit my-panchée Dessus le coude droit, fermant sa belle bouche, Et ses yeux, dans lesquels l'archer Amour se couche. Ayant tousjours la flèche à la corde encochée.
Sa teste en ce beau mois sans plus estoit couverte D'un riche escofion ouvré de soye verte, Où les Grâces venoyent à l'envy se nicher
Et dedans ses cheveux choisissoient leur demeure. J'en ay tel souvenir que je voudrois qu'à l'heure , Pour lamais n'y penser^ son œil m'eust fait rocher.
I .C'est une traduction d'une ode de Tamoureuse Sapphon. Catulle l'a ainsi traduite :
llle mi par esse Dec videtur
Ille (si ras bst) superare divos , etc.
Second LrvRE. zn
Caliste (I), pour aimer je crois que je me meurs ; Je sens de trop aimer la fièvre continue, Qui de chaud, qui de froid, jamais ne diminue, Amçois de pis en pis^ rcngrçge mes douleurs.
Plus je veux rennoidir mes bouillantes chaleurs, Plus Amour les r'allume, et plus je m'esvertue De reschauffer mon froid, plus la froideur me tue^ Pour languir au milieu de aeux divers malheurs.
Unarcknt appétit de jouyr de l'aimée Tient tellement mon ame en pensers allumée.
Et ces pensers fiévreux me font rêver si fort.
Que diète, ne jus, ny section de veine.
Ne me sçauroient gaarir, car de la seule mort Dépend, et non d'ailleurs, le secours de ma peine.
Çj ue dis-tu, que fais-tu , pensive Tourterelle, [te. ^V^Dessus cet arbre sec ? — T. Las 1 passant, je lamen- R. Pourquoy lamentes-tu? — T. Pour ma compagne
absente , Plus chère que ma yiç. — R. En quelle part est-elle ?
— T. Un cruel oiseleur^ par glueuse cautelle , L'a prise et l'a tuée, et nuict et jour je chante
Son trespas dans ce bois, iiodimant la Mort meschante Qu'elle ne m'a tuée avecques ma fidelle.
— R.Vouxirofs-til bien mourir avecques ta compaîgne ? — T : Aussi bien je languis en ce bois ténébreux , Où tousjours le regret de^sa mort m'accompaigne.
— R. O gentils oiselets , que vous estes heureux !
I . Caliste, fort docte, bien nay et bien versé en Vvtae et l'autre langue, fut; tué à Pafis, l'an mil cinq cens soixante deux. (B.)
212 Amours.
Nature d'elle-mesme à Tamour vous enseigne, Qui mourez et vivez fidèles amoureux.
CHANSON (0
Hier au soir que je pris maugré toy Un doux baiser, accoudé sur ta couche, Sans y penser, je laissay dans ta bouche Mon ame , hélas ! qui s'enfuît de moy.
Me voyant prest sur Theure de mourir, Et que mon ame , amusée à te suivre, Ne revenoit mon corps faire revivre.
Je t'envoyay mon cœur pour la quérir.
Mais mon cœur, pris de ton œil blandissant. Aima trop mieux estre chez-toy. Madame,
Sue retourner, et non plus qu à mon ame e luy chaloit de mon corps périssant.
Lors, si je n'eusse en te baisant ravy De ton haleme une chaleur ardente .
Qui depuis seule (en lieu de Tame absente Et de mon cœur) de vie m'a servy.
Voulant hier mon tourment appaiser.
Par qui sans ame et sans cœur )e demeure, Je fusse mort entre tes bras à Theure Que maugré toy je te pris un baiser.
Bien que ton œil me face une dure écarmouche, Moy restant le vaincu et luy tousjours vainqueur ; Bien que depuis trois ans sa cruelle rigueur Me tienne prisonnier de ta beauté farouche ;