I. Manille
Snaviolum inviue npio dum casta Ne«ra , Imprudens vestris liqui animam in labiis. .
Second Livre. 213
Bien qu'Amour de son traict incessament me touche , Si ne veux-je eschapper de si douce langueur Ne vivre sans avoir ton image en mon cœur, Tes mains dedans nni playe et ton nom en ma bouche.
Si tu veux me tuer, tû-moi , je le veux bien : Ma mort te sera perte et à moy très grand bien, Et Pœuvre qu*à ton los ie veux mettre en lumière
Finira par ma mort, finissant mon émoi ; Ainsi mort, je serai libre de peine, et toi, Cruelle, de ton nom tu seras la meurdriére {a).
Amour, voyant du ciel un pescheur sur la mer, Calla son aile bas sur le bord du navire , Puis il dit au pescheur : Je te pri' que je tire Ton reth, ou/au fond de Teau le plomb fait abysmer.
Un daupnin qui sçavoit le feu qui vient d'aimer. Voyant Amour sur Peau, à Tethys le va dire :
a Tethys, si quelque soin vous tient de nostre empire, Secourez-le, ou bien tout il est prest d'enflammer. »
Tethys laissa de peur sa caverne profonde.
Haussa le chef sur reau et vid Amour sur Ponde; Puis elle s'escria : Las ! Amour, mon nepveu ,
Ne bruslez de vos feux mes ondes , je vous prie. Ma tante . dit Amour, n'ayez peur de mon feu , Je le perais hier dans les yeux de Marie.
a. Var. 1578 :
Ce m'est extrême honneur de trespasserpour toy,
guipasses de beauté la beauté la plus belle, n soldartj pour garder son enseigne et safoy, Meurt biensurle rempart d'une forte Rochelle {^)\ Je mourraj bien-heureux s'il te souvient de moy : La mort n est pas grand mal, c'est chose naturelle,
I. II entend parler du siège de La Rochelle, que Henri, duc d'Anjou, et depuis roy troisiesme du nom, tenoit contre ceux de la religion prétendue. 1^72. (B.)
214 Amours.
CHANSON
Ç^ uand j'estois libre , ains que Pamour cruelle ^^V^Nc fust éprise encore en fha mouelle,
Je vivois bien-heureux ; Comme à Tenvy, les plus accortes filles Se travailloient , par leurs fiâmes gentilles,
De me rendre amoureux I Mais, tout ainsi qu'un beau poulain farouche, Qui n'amasché le frein dedans la bouche,
Va seulet écarté , N'a)rant soucy sinon d'un pied superbe A mille bonds fouler les fleurs et rherbe ,
Vivant en liberté ; Ores il court le long d'un beau rivage , Ores il erre en quelque bois sauvage
Ou sur quelque mont haut ; De toutes parts les poutres (i) hennissantes Luy font I amour ^ pour néant blandissantes ,
A luy, qui ne s'en chaut; Ainsi j'allois desdaignant les pucelles Qu'on estimoit en beauté les plus belles.
Sans respondre à leur vueil ; Lors je vivois amoureux de moy-mesme , Content et cay, sans porter couleur blesme,
Ny les larmes à l'œil.
J'avois escrîte au plus haut de la face.
Avec la honte , une agréable audace
Pleine d'un franc désir ; Avec le pied marchoit ma fantaisie De çà de là, sans peur ne jalousie.
Vivant de mon plaisir.
Mais, aussi tost que par mauvais desastre Je vey ton sein blanchissant comme albastre.
Et tes yeux, deux soleils.
Tes beaux cheveux espanchez par ondées,