‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 106 sur 227 · I. Juments · texte numérisé non relu

I. Juments

Et les beaux lys de tes lèvres bordées

De cent œillets vermeils, Incontinent j'appris qne c'est service; La liberté, de ma vie nourrice.

Fuît ton œil félon Comme la nue en temps serein poussée Fuit à grands pas l'haleine courroucée

De l'oursal Aquilon (a), [Et lors tu rais mes deux mains à la chaisnç. Mon col au cep et mon cœur à la gesne.

N'ayant de moy pitié.

Non plus, hélasi qu'un outrageux corsaire (0 iier Destin) n'a pitié d'un torcère

A la chaisne Hé.] Tu mis après, en signe de conqueste, Comme vainqueur, tes deux pieds sur ma teste,

Et du front m'as oste La jeune honte et l'audace première, Accouardant mon ame prisonnière,

Serve à ta volonté.

Vengeant d'un coup mille fautes commises Et les beautez qu'à grand tort j'avois mises

Par-avant à mespris , Qui me prioyent, en Ifeu que je te jirie.

Mais d'autant plus que merci je tejcrie,

Tu es sourde à mes cris y :

Et ne respons non plus que la fontaine Qui de Narcis mira la forme vaine ,

Vengeant dessus son bord Mille beautez des nymphes amoureuses.

Que cet enfant, par mines deSdaigneuses,

Avoit mises à mort.

û. Var. :

S*eschappa loin dijmoj ; Dedans tes rets ma première franchise , Pour obéir à to)i bel œil, fat prise

Esclave sous ta loj.

2l6 AMO.URS.

Je mottiToîs de plaisir voyant par ces bocagies Les arbres enlacez de lierres espars, Et la verde lambninche errante en mille pars. Es aubespins fleuris, près des roses sauvages.

Je mourrois de plaisir oyant les doux ramages Des hupes, des coqus et des ramiers rouhars, Dessur un arbre verd bec en bec fretillars , Et des tourtres aux bois voyant les mariages.

Je mourrois de plaisir voyant en ces beaux mois Débusquer un matin le chevreuil hors du bois Et voyant frétiller dans le ciel Talouette ;

Je mourrois de plaisir, où je meurs de soocy, Ne voyant point les yeux d'une que je souhaite Seule une heure en mes bras en ce bocage ici («).

CHANSON(i).

Ç^ ui veut sçavoir Amour et sa nature , ^^^Son arc, ses feux, ses traits et sa pointure , Que c'est qu'il est et que c'est qu'il désire, Lise ces vers. )e m'en-vay le descrire.

C'est un plaisir tout remply de tristesse , C*est un tourment tout connt de liesse ,

a. Var. :

Absent de la beauté qu'en ce pré je souhaite; Un demj-jour d'absence est un an de souci,

I . Cette chanson est prise de Bembo et du romant de la Rose. Il Taddresse , dans les dernières éditions , à momieur Nicolas , secrétaire du roy, personnage remarquable pour ses vertus, bontez et gentillesses d'esprit, et preud'hommie. (B.) Elle étoit primitivement dédiée an poète Ofivier de Mag^y ; dans l'éd. de 1560 elle se trouve au 5e livre des poèmes, ainsi que les deux pièces suivantes.

Second Livre. 217

Un desespoir où tousjours on espère, Un espérer où l'on se désespère.

C'est un resret de jeunesse perdue , C'est dedans Pair une poudre espandue , C'est peindre en l'eau , et c'est vouloir encore Tenir le vent et desnoircir un More.

[C'est une foy pleine de tromperie.

Où plus est seur celuy qui moins s'y nej C'est un marché qu'une fraude accompaigne, Où plus y perd celuy qui plus y gaigne.J

C est un feint ris , c'est une douleur vraye , C'est sans se plaindre avoir au cœur la playe, C'est devenir valet en lieu de maistre , C'est mille fois le jour mourir et naistre.

C'est un fermer à ses amis la porte De la raison , qui languit presque morte $ Pour en bailler la clef à 1 ennemie , Qui la reçoit sous ombre d'estre amie.

C'est mille maux pour une seule œillade, C'est estre sain et feindre le malade , C'est en mentant se parjurer et faire Profession de flater et ae plaire.

C'est un grand feu couvert d'un peu de glace , C'est un beau jeu tout remply de fallace , C'est un despit , une guerre , une trêve , Un long penser, une parole brève.

C'est par dehors dissimuler sa joye , Celant un cœur au dedans qui larmoyé ; C'est un malheur si plaisant qu'on désire Tousjours languir en un si beau martyre.

C'est une paix qui n'a point de durée, C'est une guerre au combat asseurée, Où le vaincu reçoit toute la gloire^ Et le vainqueur ne saigne la victoire.

C'est une erreur ae jeunesse , qui prise Une prison trop plus que sa franchise ; - C'est un penser qui jamais ne repose Et si ne veut penser qu'en une chose.

2i8 Amours.

Et bref, Magny, c'est une jalousie, C'est une névre en une frenaisie.

Quel plus grand mal au monde pourroît estre Que recevoir une femme pour m^istre ?

DoncqueSy à fin aue ton cœur ne se mette Sous les liens d'une loy si sujette, Si tu m'en crois, prens-y devant bien garde:

Le repentir est une chose tarde.

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