‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 108 sur 227 · LA QUENOUILLE · texte numérisé non relu

LA QUENOUILLE

fj uenouille , de Pallas la compagne et ramie(i)) ^V*.Cher présent que je porte à ma chère ennemie , Afinde soulager Tennuy qu^elIe a de moy, Disant quelque chanson en filant dessur toy, Faisant pirouetter, à son huys amusée^ Tout le ]our son rouet et sa grosse fusée.

Susl quenouille, suis moy, je te meine servir Celle que je ne puis m'engarder de suivir.

Tu ne viendras es mains d'une pucelle oisive , Qui ne fait qu'attifer sa perruque lascive , Et qui perd tout le jour à mirer et farder Sa iace , à celle ^n qu'on l'aille regarder; Mais bien entre les mains d'une disposte fille Qui dévide, oui coust, qui mesnage et qui file. Avecque ses aeux: sœurs pour. tromper ses ennuis, L'hyver devant le feu , l'esté devant son huis.

Aussi je ne voudrois que toy, quenouille gente, Qui es de Vendomois (où le peuple se vante lyestre bon ménager) , allasses en Anjou Pour demeurer oisive et te rouiller au clou.

Je te puis asseurer que sa main délicate

I. L'invention estde Theocrite,: lequel donna pour présent une quenomUe à la femme de Nicîas , médecin , son hoste et son amy. (B.) c . . . : ,

220 Amours.

Filera dougément (i) quelque drap d'escariate , Qui si fin et si souef en sa laine sera Que pour un jour de feste un roy le vestira.

Suy-moy donc , tu seras la plus que bien-venue ,

Suenouille , des deux bouts et gresiette et menue , n peu grosse au milieu où la filare tient , Estreinte d'un ruban qui de Montoire(a) vient , Aime-laine, aime-iil , aime-estaim(0 > maisonniere (4) , Longue, palladienne($) enflée, chansonnière; Suy-moy, laisse Cousture(6), et va droit à Bourgueil, Où , quenouille , on te doit recevoir d'un bon œil , Car le petit présent qu'un loyal amy donne Passe des puissans roys le sceptre et la couronne.

CHANSON (7)

Çf uand ce beau printemps je voy, ^<^ J'apperçoy

Rajeunir la terre et l'onde,

1. Subtilement, à filets prims et menus. Dougéest un mot d'Anjou et de Vendomois, propre aux filandières , qui filent le fil de leur fuseau tenu et menu. Il appert par cecy que sa Marie n'estoit pas de grande et riche famille (comme nous avons dit), car elle estoit fille d'une hostellerie. (B.)

2. Montoire est un bourg situé à trois petites lieues près du lieu de la naissance de Tautheur. (B.)

). Ce sont mots nouveaux composez par Tautheur. Estaim est une espèce de laine escardée et preste à filer. (B.)

Page 1