‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 109 sur 227 · Pallas inventa la quenouille · texte numérisé non relu

Pallas inventa la quenouille

6. Cousture est un village assis en la Varenne du bas Vendomois , où nasquit le poète, au pied d'un coustau tourné vers le septentrion , en un lieu qui ae présent est nommé la Possonniere , chasteau appartenant aux ainez de la maison de Ronsard. Si toutes les dames qui se sont mocquées du simple et peu riche présent du poète à une belle et simple fille bien apprise , et non ocieuse , estoient aussi preudesfemmes qu'eue, nostre siècle en vaudroit mieux. (B.) Cousture et Montoire sont dans l'anondissement de Vendôme (Loiret-Cher. — 7. Imitation, d'une des chansons de Pétrarque.

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Second LrvRE. 221

Et me semble que le Jour

Et rÀmour Comme enfans naissent au monde.

Le jour oui plus beau se fait,

Nous refait Plus belle et verde la terre; Et Amour, armé de traits

Et d'attraits, En nos cœurs nous fait la guerre.

Il respand de toutes parts

Feu et dards, Et domte sous sa puissance Hommes , bestes et oyseaux,

Et les eaux Luy rendent obéissance.

Venus, avec son enfant

Triomphant, Au haut de sa coche assise , Laisse ses cygnes voler

Parmy Tair Pour aller voir son Anchise.

Quelque part que ses beaux yeux

Par les cieux Tournent leurs lumières belles , L'air, qui se monstre serein,

Est tout plein D'amoureuses estincelles.

Puis, en descendant à bas,

Sous ses pas Croissent mille fleurs écloses; Les beaux lyz et les œillets

Vermeillets Rougissent entre les roses.

[Celuy vravment est de fer

Queschaufer Ne peutsaoeauté divine, Et en lieu d'humaine chair

Un rocher

222 Amours.

Porte au fond de la poitrine.] Je sens en ce mois si beau

Le flambeau D'Amour oui m'eschaufe l'ame , Y voyant ae tous costez

Les beautez Qu'il emprunte de ma dame.

Quana je voy tant de couleurs

Et de fleurs Qui esmaillent un rivage , Je pense voir le beau temt

Qui est peint Si vermeil en son visagie.

Quand je voy les grands rameaux

Des ormeaux Qui sont lacez de lierre, Je pense estre pris es laz

De ses bras, Et que mon col elle serre.

Quand j'enten la douce vois

Par les bois Du beau rossignol qui chante , D'elle je pense jouyr

Et ouyr Sa douce voix qui m'enchante.

[Quand zephyre meine un bruit

Qui se suit Au travers d'une ramée, Des propos il me souvient

Que me tient Seule à seul ma bien aimée.] Quand je vojr en quelque endroit

Un pin droit Ou quelque arbre qui s'esleye, Je me laisse décevoir,

Pensant voir Sa belle taille et sa grève.

Quand je voy dans un jardin

Second Livre. 223

Au matin S'esclorre une fleur nouvelle, J'accompare le bouton

Au tetôn De son beau sein qui i)omnieIle.

Quand le Soleil tout riant

D'orient Nous monstre sa blonde tresse , Il me semble que je voy

Devant moy Lever ma belle maistresse.

Quand ]e sens, parmy les prez

Diaprez, Les fleurs dont la terre est pleipe , Lors je fais croire à mes sens

Que je sens La douceur de son haleine.

Bref, je fais comparaison

Par raison Du printemps et de ni'amie :

Il donne aux fleurs la vigueur,

Et mon cœur D'elle prend vigueur et vie.

Je voudrois au bruit de l'eau

D'un ruisseau Desplier ses tresses blondes, Frizant en autant de nœus

Ses cheveux ;

Que je vcrrois friser d'ondes.

Je voudrois, pour la tenir.

Devenir Dieu de ces forests désertes , La baisant autant de fois

âii'en un bois les vertes, tlà 1 maistresse , moii soucy, Viéh icy, Vien contempler la verdure I

224 Amours.

Les fleurs de mon amitié

Ont pitié , Et seule tu n*en as cure.

Au moins levé un peu tes yeux

Gracieux , Et voy ces deux colombelles Qui font naturellement,

Doucement, L'amour du bec et des ailes ; Et nous, sous ombre d'honneur,

Le bon-heur Trahissons par une crainte ; Les oyseaux sont plus heureux.

Amoureux Qui font Tamour sans contrainte, ^'outefois ne perdons pas

Nos esbats Pour ces.Ioix tant rigoureuses; Mais , si tu m'en crois , vivons

Et suyvons Les colombes amoureuses.

Pour effacer mon esmoy,

Baise-mov, Rebaise-moy, ma déesse; Ne laissons passer en vain

Si soudain Les ans de nostre jeunesse.

LE CHANT DES SERENES{i).

'ameux Ulysse, honneur de tous les Grecs , De nostre bord approche-toy plus près; Ne single point sans prester les oreilles A nos chansons, et tu orras merveilles.

I . Elégie piise du douziesme livre de l'Odyssée. Elle est dédiée à Amadis Jamyn, poète excellent , lequel a tnduit en vers rilliade d'Homère et partie de TOdyssée. (B.)

Second Livre. m

Nul estranger de passer a soucy Par ceste mer sans aborder icy, Et sans contraindre un petit son voyage, Pour prendre port à nostre beau rivage; Puis tout joyeux les ondes va tranchant, S'en retournant ravy de nostre chant, Ayant appris de nous cent mille choses

Sue nous portons en i'estomach encloses, ous sçavons bien tout cela qui s'est fait Suand Ilion par les Grecs fut défait; ous n'ignorons une si longue guerre, Ny tout cela qui se fait sur la terre.

Doncques retien ton voyage entrepris :

Tu apprendras , tant sois-tu bien appris.

Ainsi disoit le chant de la sereine Pour arrester Ulysse sur Tarene, Qui, garroté au mast, ne voulut pas Se laisser prendre à si friands appas; Mais, en fuyant la voix voluptueuse , Hasta son cours sur Tonde poissonneuse.

Sans par Toreille humer ceste poison Qui des plus ^ands offense la raison.

Ainsi, Jamin, pour sauver ta jeunesse, Suy le conseil du fin soldat de Grèce ; N'aborde point au rivage d'Amour Pour y vieillir sans espoir de retour.

L'amour n'est rien qu ardante frénésie, Qui de fumée emplit la fantaisie , D'erreur, de vent et d'un songe importun :

Car le songer et l'amour, ce n'est qu'un.

CHANSON {i$67).

^ouce Maistresse, touche.

Pour soulager mon mal , Mes lèvres de ta bouche Plus rouge que coral; Ronsard, — I 15

Que mon col soit pressé De ton bras enlassé.

Puis , face dessus face, Regarde-moy les yeux.

Afin que ton trait fiasse En mon cœur soucieux, Cœur qui ne vit sinon D'amour et de ton nom.

Je l'ay veu fiere et brave, Avant que ta beauté Pour estre son esclave Doucement Peust domté ; Mais son mal luy plaist bien , Pourveu qu'il meure tien.

Belle par qui je donne A mes yeux tant d'esmoy, Baise-moy, ma mignonne, Cent fois rebaise-moy.

Et quo^ ! faut-il en vain Languir dessus ton sein ?

Maistresse, je n'ay garde De vouloir t'éveiller, Heureux quand je regarde Tes beaux yeux sommeiller, Heureux quand je les voy Endormis dessous moy.

Veux-tu que je les baise Afin de les ouvrir ?

Ha I tu fais la mauvaise Pour me faire mourir.

Je meurs entre tes bras.

Et si ne t'en chaut pas !

Hà ! ma chère ennemie , Si tu veux m'appaiser, Redonne-moy la vie Par l'esprit d'un baiser.

Hà ! j'en ay la douceur Senti jusques au cœur.

Second Livre. 227

C'est une douce rage Qui nous poinA doucement Quand d'un mesme courage On s'aime incessament (a).

Heureux sera le jour Que je mourray a'amour.

XLV(iS72).

En vain pour vous ce bouauet je compose, En vain pour vous, ma déesse, il est fait Car vous serez le bouquet du bouquet (1), j La fleur des fleurs, la rose de la rose.

Vous et les fleurs différez d'une chose, C'est que l'hyver les fleurettes défait, Vostre printemps , en ses grâces parfait, Ne craint des ans nulle métamorphose.

Heureux bouquet, n'entre pomt au séjour De ce beau sein, ce oeau logis d'Amour ; Ne touche point ceste pomme jumelle :

Ton lustre gay se faniroit d esmoy ; Tu es , bouquet . digne de vivre , et moy De mourir près aes beautez de la belle {h).

a, Var. :

J'a'ime la douce rage D'amour continuel, Quand d'un mesme courage Le soin est mutuel.

b, Var. :

Ton lustre gay d'ardeur se faniroit.

Et ta verdeur sans grâce pourriroit.

Comme je suisfany pour l'amour d elle.

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