‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 111 sur 227 · SUR LA MORT DE MARIE · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DE MARIE

Trajicit etfati littora magnas amor»

(Properee.)

e songeois , sous Tobscur de la nuict endormie , [à moy ; Qu'un sepulchre entreH)uvert s'aDparoissoit La mort (psoit dedans toute pasie d'ef&oy ; ssus estoit escrit : Le tombeau de Marie.

EspouYanté du songe , en sursault je m'escrie : Amour est donc sujet à nostre humaine loy ?

Il a perdu son règne et te meilleur de soy, Puis que par une mort sa puissance est perie. Je n'avois achevé qu'au point du jour voicy Un passant à ma porte , adeulé de soucy, Qui de la triste mort m'annonça la nouvelle, Fren courage, mon ame, il faut suyvre sa fin,

I. Les commentaires de cette seconde partie, par Nicobi Rtchélet, Parisien, advocat en ta Cour, sont dédiés â M. de Il Bergerie, probabtemcm Durand de la Bergerie, traducteur des Baisas ae Jean Second. Le texte est donné d'après t'èdition de 1578 * Paris > Buoo , sept tomes in-u.

*fp*"^ir"— ^^^^i^^^*iiiwp»i»w«pn^«pp

*^^^^""iiv"""«iv«HMip««ni

Second Livre. ij^

Je Tenten dans le ciel comme elle nous appelle: Mes pieds avec les siens ont fait mesme cfiemin.

STANCESC).

Je lamente sans reconfort , Me souvenant de ceste mort Qui desroba ma douce vie ; Pensant en ses yeux^ qui souloient Faire de moy ce au*ils vouloient, De vivre je n*av plus d'envie.

Amour, tu n*as point de pouvoir; A mon dam tu m'as fait sçavoir Que ton arc par tout ne commande :

Si tu avois quelque vertu , La Mort ne t'eust pas devestu De ta richesse la plus grande.

Tout seul tu n'as perdu ton bien; Comme toy i'ay perdu le mien:

Ceste beauté que je désire ,

?ui fut mon thresor le plus cher; ous deux contre un mesme rocher Avons froissé nostre navire.

Souspirs , eschauffez son tombeau ; Larmes, lavez-le de vostre eau; Ma voix si doucement se plaijgne {a) Qu'à la mort vous faciez pitié , Ou qu'elle rende ma moitié , Ou que ma moitié j'accompaigne (b).

Fol qui au monde met son cœur,

a. Var. :

Ma voix si doucement lamente.

b, Var. :

Ou bien que je la suive absente.

I . La meilleure part de ces stances est prise de la seconde partie de Pétrarque. (R.)

Fol qui croit en l'espoir mocqueur Et en la beauté tromperesse :

Je me suis tout seul offensé, Comme celuv qui n'eust pensé Que morte fust une déesse.

Quand son ame au corps s'attachoit , Rien, tant fust dur, ne me faschoit, Ny aestin, ny rude influence; Menaces , emousches , dangers , Villes et peuples estrangers, M'estoient doux pour sa souvenance.

En quelque part que je vivois, Tousjours en mes yeux je Pavois, Transformé du tout en la belle ; Si bien Amour à coups de trait Au cœur m'engrava son pourtrait Que mon tout n'estoit sinon qu'elle.

Espérant luv conter un jour L'impatience ae Tamour Qui m'a fait des peines sans nombre , La mort soudaine m'a deceu ; Pour le vray le faux i'ay receu.

Et pour le corps seulement l'ombre.

Ciel , que tu es malicieux 1 Qui eust pensé que ces beaux yeux Qui me faisoient si douce» guerre.

Ces mains, ceste bouche et ce front,

8ui prindrent mon cœur, et qui l'ont , é fussent maintenant que terre ?

Helas ! où est ce doux parler, Ce voir, cet ouyr, cet aller, Ce ris qui me faisoit apprendre

Sue c'est qu'aimer ? Hà ! doux refus 1 a 1 doux desdains , vous n'estes plus.

Vous n'estes plus qu'un peu de cendre!

Helas 1 où est ceste beauté , Ce printemps , ceste nouveauté Qui n'aura jamais de seconde?

Second Livre. 235

Du ciel tous les dons elle avoit;

Aussi parfaite ne devoit

Long temps demeurer en ce monde.

Je n'ay regret en son trespas, Comme prest de suivre ses pas.

Du chef les astres elle touche , Et je vy 1 et je n'ay sinon Pour reconfort que son beau nom , Qui si doux me sonne en la bouche.

Amour, qui pleures avec moy, Tu sçais que vray est mon esmoy Et que mes larmes ne sont feintes; S'il te plaist, renforce ma vois, Et de pitié rochers et bois Je feray rompre sous mes plaintes.

Mon feu s'accroist plus véhément Quand plus luy manque Targument Et la matière de se paistre ; Car son œil, qui m'estoit fatal, La seule cause de mon mal , Est terre qui ne peut renaistre.

Toutesfois en moy je la sens Encore Tobiet de mes sens , Comme à l'neure qu'elle estoit vive; Ny mort ne me peut retarder, Ny tombeau ne me peut garder.

Que par penser je ne la suive, ^i je n eusse eu Tesprit chargé De vaine erreur, prenant congé De sa belle et vive figure^ Oyant sa voix , qui sonnoit mieux Que de coustume , et ses beaux yeux, Qui reluisoyent outre mesure ,

Et son souspir, aui m'embrasoit, J'eusse bien veu qu elle disoit:

Or' soule-toy de mon visage , Si jamais tu en eus souci :

Tu ne me verras plus ici ,

Page 1