‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 12 sur 227 · LE PREMIER LIVRE · texte numérisé non relu

LE PREMIER LIVRE

p. DE RONSARD.

ui voudra voir comme un Dieu me

surmonte, [vainqueur,

R Comme il m'assaut, ctunme il se fait

4 Comme il renflame et rengbce mon

g cœur,

[| reçoit u« honneur de ma honte;

^i voudra voir une jeunesse pronte A suivre en vain l'objet de son malheur, Me vienne voir, il voirra ma douleur, Et la rigueur de l'archer qui me domteld).

Il cognoiitra combien la raison peut Contre «m arc, qoand une fois il vent

a. Vit. de 1)^7 :

// cognoutrt combien piat U niton Coatrt loa Irait, fiiand ta doiui pcma

2 Amours.

Que nostre cueur son esclave demeure, et si verra que je suis trop heureux ^ D-sivoir au flanc l'aiguillon amoureux , Plein du venin dont il faut que je meure.

Nature ornant la dame qui devoit De sa douceur forcer les plus rebelles, Lui fit présent des beautez les plus belles, Que dés mille ans en espargne elle avoit.

Tout ce qu'Amour avarement couvoit De beau , de chaste et d'honneur sous ses ailes , Emmiella les ^âces immortelles (a) De son bel œilj qui les Dieux esmouvoit.

Du cjel à peine elle estoit descendue Quand je la vey, quand mon ame esperduë En devmt folle, et d'un si poignant trait

Tourmente un cœur ^ue la jeunesse enchante;

Et cognoistra que je suis trop heureux lyestre, en mourant, nouveau cygne amoureux, Qui plus languit et plus doucement chante.

Autre Var. (toutes les variantes qui, comme celle-ci, ne portent pas de date, sont extraites des éditions posthumes) :

Dont ma déesse et mon Dieu ne font conte.

Il cognoistra qu'Amour est sans raison, Un doux abus, une belle prison, Un vain espoir qui de vent nous vient paistre;

Il cognoistra aue l'homme se déçoit Quand, plein d erreur, un aveugle il reçoit Pour sa conduite, un enfant pour son maistre, a. Var. :

De tous les biens qu'Amour au ciel couvoit Comme un trésor chèrement sous ses ailles, Elle enrichit les grâces immortelles.

Premier Livre. 3

Le fier Destin Tengrava dans mon âme, Que, vif ne mort, jamais d'une autre dame Empreint au cueur je n'aurai le portrait (4).

ntre les rais de sa jumelle flame Je veis Amour oui son arc desbandoit, Et sus mon cœur le orandon espandoit Q^ des plus froids les mouèlles enflame ,

t^uis ça, Duis là, prés les yeux de ma dame, Çntre ceM fleurs un ret d'or me tendoit.

Qui tout crespu blondement descendoit Jniots ondez , pour enlacer mon ame.

Su'eussé-je taict ? l'archer estoit si doux , DUS son feu, si doux l'or de ses nouds, Qu'en leurs filets encore je m'oublie ; nMais cest oubly ne ine tourmente point, Tant doucement (1) le doux archer me poingt.

Le feu me brusle et l'or crespe me lie.

Je ne sub point, ma guerrière Cassandre(3), Ny Myrmi(k)|i, ny Dolope soudart, Ny cest archer dont l'homicide dard

Iv?

a. Var. :

Amour coula ses beauUz en mes vdnes, ^'autres plaisirs je ne sens que mes peines, ty autre bun qu'adorer son portrait,

Page 1