I. Ce sonnet est presque tout d'un ode de Sapphoni. (R
Je prens de ta vertu cognoissance et vijgueur,
Et ton œil, comme il veut, à son plaisir me meine.
Heureux celuy qui souffre une amoureuse peine Pour un nom si fatal ! heureuse la douleur, Bien-heureux le tourment qui vient pour la valeur Des yeux, non pas des yeux, mais des flammes (tf) d'He-
Nom malheur desTroyens, sujet de mon souci, [lene ! Ma sage Pénélope (>) et mon Hélène aussi.
Qui d'un soin amoureux tout le cœur m'envelope ^ , r^om qui m*a jusqu'au ciel de la terre enlevé , Qui eust )amais pensé que j'eusse retrouva En une mesme Hélène une autre Pénélope ?
Tout ce qui est de saint, d'honneur et de vertu, Tout le bien qu'aux mortels la nature peut faire. Tout ce que l'artifice icy peut contrefaire , Ma maistresse en naissant dans l'esprit l'avoiteu.
Du juste et de l'honneste à Tenvy debatu Aux escoles des Grecs , de ce oui peut attraire A l'amour du vray bien, à fuir le contraire.
Ainsi que d'un habit son corps fut revestu.
La chasteté , qui est des beautez ennemie, (Comme l'or fait la perle) honore son printemps. Un respect de l'honneur (b), une peur d'infamie.
Un œil qui fait les dieux et les hommes contens. La voyant si parfaite , il faut que je m'escrie : Bien-heureux qui l'adore et qui vit de son temps 1
a. Var. :
mais de l'astre d'Heline,
b. Var. :
Une vertu parfaite
1 . U veut dire que sa dame est aussi chaste comme elle est beUe. (R.)
284 Sonnets
Hélène sceut charmer avecque son nepenthe (i) Les pleurs de Telemaque. Hélène , je voudroy Que tu peusses charmer les maux que je reçoy Depuis deux ans passez sans que je m en repente.
Naisse de nos amours une nouvelle plante Qui retienne nos noms pour étemelle foy Qu'obligé je me suis de servitude à toy {a), Efqu'à nostre contract la Terre soit présente.
O Terre) de nos oz en ton sein chaleureux Naisse un arbre au printemps, propice aux amoureux, Qui sur nos tombeaux croisse en un lieu solitaire.
désir fantastiq , duquel je me deçoy 1 Mon souhait n'adviendra , puisqu'en vivant je vov Qye mon amour me trompe , et qu'il n'a point de frère.
Poussé des flots d'amour, je n'ay point de support, Je ne voy point de phare, et si je ne désire désir trop hardv!) sinon que ma navire Après tant de périls puisse gaigner le port.
Las ! devant que payer mes vœux dessus le bord , Naufragé je mourray, car je ne vois reluire Qu'une flame sur moy, qu^une Hélène qui tire Entre n^ille rochers ma navire à la mort.
Je suis seul, me noyant, de ma vie homicide, Choisissant un enfant, un aveugle» pour guide». Dont il me faut de honte et pleurer et rougir»
a^ Var. :
Qui conserve nos noms en escrit dessus soy, Les porte entre-lassez d'une éternelle foy.
I . An 4e livre de l'Odyssée, Hélène, pour faire passer la melancholie de Telemach, lui verse du nepenthe, sorte de drogue qui charme la douleur. (R.)
Je ne crains point la mort , mon cœur n'est point si las- Jc suis trop généreux; seulement il me fasche{tf) [çne, De voir un si beau port et n'y pouvoir surgir.
CHANSON
(^ uand je devise assis auprès de vous, ^''^^ Tout le cœur rae tressaut; Je tremble tout de nerfs et de genous ,
Et le pouls me défaut.
Je n'ay ny sang, ny esprit, ny haleine Qui ne se trouble en voyant mon Hélène ,
Ma chère et douce peine.
Je deviens fol j je pers toute raison ;
Cognoistre je ne puis Si je suis libre , ou captif en prison {b).
Plus en moy je ne suis ; En vous vovant, mon œil perd cognoissance; ' * Le vostre altère et change mon essencei,
Tant il a de puissance.
Vostre beauté me faict en mesrae temps'
Souffrir cent passions , Et toutesfois tous mes sens sont coniens,
Divers d'affections.
L'œil vous regarde , et d'autre part l'aureille Oyt vostre voix , qui n'a point de pareille ,
Du monde la merveille. ,
Voyia comment vous m'avez enchanté ,
Heureux de mon mal-heur:
De mon travail je me sens contente,
a. Var. :
Je ne sçay si mes sens ou si ma raiscfn tasche De conduire ma nef, mais je sçay qu'il mefasche.
b, Var. :
ou mort ou en prison.
286 Sonnets
Tant j'aime ma douleur; Pt veux tous|ours que le souci me tienne , Et que de vous tousjours il me souvienne ,
Vous donnant Tame mienne.
Donc ne cherchez de parler au devin ,
Oui sçavez tout charmer :
Vous seule auriez un esprit tout divin
Si vous pouviez aimer.
Que pleust à Dieu , ma moitié bien-aimée , Qu'Amour vous eust d'une flèche enflamée
Autant que moy charmée.
En se jouant il m'a de part en part
Le cœur outre-percé; A vous, s'amie, il n'a monstre te dard
Duquel il m'a blessé.
De telle mort heureux je me confesse, Et ne veux point que le soucy me laisse
Pour vous , belle maistresse.
Dessus ma tombe engravez mon soucy
En lettres grossement :
Le Vendômois lequel repose icy
Mourut en bien aimant (tf).
Comme Paris là bas faut que je voise , Non pour l'amour d'une Hélène grégeoise,
Mais d'une saintongeoise.
VÏI.
Amour, abandonnant les vergers de Cytheres, D'Amathonte et d'Eryce , en la France passa ; Et, me monstrant son arc , comme dieu, me tança
a. Var. :
En mémorable escrit :
D'un Vendômois le corps repose icy, Soiis les mjrthes (•) l'esprit.