I . Séjour des âmes amoureuses après leur mort. (R
Que j'oubtiois , in^at^ ses loix et ses mystères.
Il me frappa trois fois de ses ailes légères; Un traict le plus aigu dans tes yeux m'eslança; La plave vint au cœur, qui chaude me laissa - \ Un araeur de chanter hes honneurs de Surgeres. • - *
Chante (me dit Amour) sa grâce et sa beauté y Sa bouche , ses beaux yeux , sa douceur, sa bonté ; Je la garde pour toy, le sujet de ta plume.
Un sujet si divin ma Muse ne poursuit.
Je te feray l'esprit meilleur que de coustumc: L'homme ne peut faillir quand un Dieu le conduit.
Tu ne dois en ton cœur superbe devenir ^
Pour me tenir captif : cela vient de fortune ; A tout homme mortel la misère est commune {a) ; Tel eschappe souvent qu'on' pense bien tenir.
Tousjours de Nemesïs il te faut souvenir, Qui fait nostre adventure ore blanche, ore brune ; Aux tigres , aux lyons appartient la rancune ; Comme ton serf conquis tu me dois maintenir.
Les guerres et l'amour sont une mesme chose : Le vainqueur du vaincu bien souvent est batu. Qui paravant fuyoit de honte à bouche close.
Soit que je sois captif sans force ni vertu, Un superbe trophée au cœur je me propose {b\ D'avoir contre tes yeux si long temps combatu.
a. Var. :
iVy braver mon malheur, accident de fortune.
La misère amoureuse à chacun est commune.
*. Var. :
L'amant désespéré souvent reprend vertu ; Pource un nouveau trophée à mon mal je propose.
288 Sonnets
autre jour que j'estois sur le haïUd'un degré , Passant tu m'advisas, et, me toumaat la veue, Tu m'esblouis les yeux, tant j'avois Tame esmeue De me voir en sursaut de tes veux rencontré.
Ton regard dans le cœur, clans le sang, m'est entré. Comme un esdat de foudre alors. qu'il fend la nue; J'eus de froid et de chaud la fièvre continue, D'un si poifi;nant regard mortellement outré.
Et, si ta belle mam passant ne m'eust fait signe. Main blanche qui se vante estre celle d'un cygne (i). Je fusse mort, Hélène, aux rayons de tesjreux;
Mais ton signe retint l'ame presque ravie.
Ton œil se contenta d'estre victorieux^ Ta main âe réjouit de me donner la vie.
Le siècle où tu nasquis ne te cognoist. Hélène : S'il sçavoit tes vertus, tu aurois en la main
Un sceptre à commander dessus le genre humain.
Et de ta majesté la terre seroit pleine.
Mais luy, tout embourbé d'avarice vilaine, ui met comme ignorant les vertus à desdain, e te cognut jamais ; je te cognu soudain
A ta voix, qui n'estoit d'une personne humaine. Ton esprit, en parlant, à moy se descouvrit ;
Et ce-pendant Amour l'entendement m'ouvrit,
Pour te faire à mes yeux un miracle apparoistre. Je tiens (je le sens bien) de la divinité.
Puis que seul j'ay cogneu que peut ta déité.
Et qu'un autre avant moy ne l'avoit peu cognoistre.
I . Jupiter, sous U feinte d'un cygne, communiqua avec la mère d'Helene: de U vient que sa main retient la nàSfvt blancheur de Toyseau duquel elle est fille. (R.)
Le soleil l'autre jour se mit entre nous deux, Ardent de regarder tes yeux par la verrière ; Mais luy, comme esblouy ae ta'Viyehrmière^ Ne pouvant la souffrir, s'en alla tqut honteux.
Je te regprday ferme, et devins glorieux D'avoir vaincu ce dieu qui se toumoit arrière. Quand, regardant vers moy, tu me dis, ma guerrière: Ce soleil est fascheux, je t'aime beaucoup^ mieux.
Une joye en mon cœur incroyable s'en-vole Pour ma victoire acquise et pour telle parole : Mais longuement cestaise en moy ne trouva lieu.
Arrivant un mortel de plus fresche jeunesse (Sans esgard que j'avois triomphé d'un grand dieu). Tu me laissas tout seul pour luy faire caresse.
Deux Venus en avril de mesme deité [tonge.
Nasquirent, Tune en Cypre eti'autreen la Sâin- La Venus cyprienne est des Grecs le mensonge, La chaste Saintongeoise est une vérité.
L'avril se réjouist de telle nouveauté; Et moy. qui jour et nuict d'autre damé ne songe, Qui te ni amoureux de mon destin allonge Ou l'accourcist ainsi qu'il plaist â sa beauté;
Je suis trois fois un dieu {a) d'estre nay de son âge. Si tost que je la vey, je fus mis en servage De ses yeux, que j estime un sujet plus qu'humain.
Ma raison sans combattre abandonna la place, Et mon cœur se vid pris comme un poisson à Thain. Si j'ay failly, ma faute est bien digne de grâce.
a, Var.:
Je me sens bien heureux
Ronsard, — I. 19
290 Sonnets
XIU.
Soit (|ue je sois ha! de toy, ma Pasithée, Sois qui5 l'en, sois aimé, \p ¥ei» suirre mon cours ; J'ay joui comme aux dés mout coeur et iims amours ; Arrive bren ou mal . la qhance en est jetlée.
Si mon ame, et ae glace et de feu tounmeBléey Peut deviner son mal , je voy que sans secoure. Passionné d'amour^ )e doy finir mes jours ^ Et que devant mon soir se clprra ma nuietée^
Je suis du camp d'Amour pratioue chevalier ; Pour avoir trop souffert , le mal mW familier; Gomme un habillement j'ay vestu le niartire^
Donques je t^ défi^ et toute ta rigueur;; Tu m'as déjà tué, tu qe sçaurois m'occire Pour b seconde fois^ car je nfay plus de coeur*
Trois ans sont ja passez que-ton œîf me tient pris, Et si ne suis marry de nie voir en servage; Seulement je me deuls-des ailes de mon âge.
Qui. me laissent le chef semé dd> cheveux gris. Si tu me vois ou palle ou de fièvre surpris,
?uelquefois solitaire, ou. triste de visage, û devrais d'un regard soulager mon dommage :
L'Aurore ne met point son Tithon à mespris..
Si tu es de nion mal seule cause première^ Il faut que de mon. ma] tu sentes les effets : C'est une sympathie aux hommes coustumière.
Je suis ( j'en jure Amour ) tout tel que tu me fais ; Tu es.mpn cœur^ mon. sangy ma vie et ma lumière :. Seule je te choisi, seule aussi tii. me pl^ûs.
De vos yeux tout divins, dont un Dieu se paîstroit ( Si un dieu se paissoit de quelque chose en terre}, le me paissois hier,, et Amour, qui m'enferre,
POUR. HELE^NE. 2^t
Ce pendant sur mon cœur ses flesches racoustrort.
MoB œil dedans le vostre esbahy rencontrait Cent beautez qui me font une si dfouce guerre^ Et la mesme vertu qui toute se resserre En vous d'aller au ciel le chemin me monstroil..
Je. n/avpis ny esprit, ny penser, ny oreille,
?ui ne fussenfcrayis dfe crainte et de mervetlfey ant, d'aise transportez, mes sens estoient contens. J 'estois dieu , si mon œi4 vous eust veu< d'avantage '^ Mais le soir, qui survint,, cacha- vostre visage , Jaloux que (es mortels le veissent si long temps-