XVIII (I
Cruelle! il suffisoit de m'avoir poudroyé, Outragé, terrassé, sans m'oster Tespérance, Tousjours du malheureux Tespoir et l'asseur^nce ; L'amant sans espérance est un corps foudroyé.
L'espoir va soula^nt l'homme demy-noyé; L'espoir au prisonnier annonce délivrance ; Le pauvre par l'espoir allège sa souffrance ; Rien meilleur que l'espoir du ciel n'est envoyé (j).
Ny d'yeux, ny de semblant, vous ne m'estes truelle ; Mais, par l'art cauteleux d'une voix qui me gelle, Vous m'ostez l'espérance et dérobez mon jour.
a, Var. :
Pandore au genre humain a ce bien octroyé.
b. Var. :
douu tromperie aux dama cousumierel
I. Ce sonnet et les sept suivants font partie des Amours dhrerses dans l'édition de 1578.
Tant dé fois s'appointer, tant de fois se fascher, Tant de fois rompre ensemble et puis se renouer, Tantost blasmer Amour et tantost le louer, Tant de fois se fuir, tant de fois se chercher,
Tant de fois se monstrer, tant de fois se cacher, Tantost se. mettre au joug, tantost le secouer, Advouer sa promesse et la desadvoner.
Sont signes que P Amour de près nous vient toucher.
L'inconstance amoureuse est marque-d'amitié.
Si donc tout à la fois avoir haine et pitié , Jurer, se parjurer, serments faicts et desfaicts,
Espérer sans espoir, confort sans reconfort ^ Sont vrais signes d amour, nous entr -aimons bien fort, Car nous avons tousjours ou la guerre ou la paix.
Çj uoy , me donner congé de servir toute femme ^^ Et mon ardeur estemdre au premier corps venu, Ainsi qu'un vagabond, sans estre retenu.
Abandonna la bride au vouloir de ma flame 1
Non, ce n'est pas aimer : PArcher ne vous entame Qu'un peu le haut du cœur d'un traict foible et menu ; Si d'un coup bien profond il vous estoît cognu , Ce ne seroit que soulphre et braise de vostre arae.
En soupçon de vostre ombre en tous lieux vous seriez ; A toute heure , en tout temps , jalouse me suivriez , D'ardeur et de fureur et de crainte allumée.
Amour au petit pas , non au ealfop, vous court Et vostre amitié semble à celle ae la Court , Où peu de feu se trouve et beaucoup de fumée.
e t'avois despitée , et ja trois mois passez Se perdoient, temps ingrat (tf ), que je ne t'avois veue.
d. Var. :
Fuyaient sans retourner.
194 Sonnets
<^and, détournant sur moy les esclairs de ta vene. Je senty la vertu de tes yeux offensez.
PiHSy tout aussi soudain qne les feux •eslanceE Qyi par Je ciel obscur s'escbttent de la me, Rassérénant l'ardeur de ta colère csmene.
Sou-riant tu rendis mes pedwi effaces.
J'estois vraiment un sot de te prier, naistresse; Des dames je ne crains Vonfgt vengeresse.
En liberté tu vis, en liberté ft vy(tf).
Dieu peut avec raison mettre son œuvre en poudre { Mais je ne suis ton œuvre on su[et de ta foudre: Tu m as très mal payé pour avoir bien servy {hy.
Puis quelle est toute hyver, toute la mesme^ace. Toute neige et son cœur tout armé de glaçons» Qui ne m'aime sinon pour avoir mes chansons , Pourquoy suis-je si toi que )e ne m'en délace? De auoy me sert son nom , sa firandeur et sa race.
Sue d'nonneste servage et de belles prisons?
aistresse , je n'av pas les cheveux si grisons Qu'une autre de bon cœur ne prenne vostre place.
Amour, qui est enfant, ne celé vérité; Vous n'estes si superbe, ou si riche en beauté, Qu'il faille desdaigner un bon cœur qui vous aime.
R'entrer en mon avril désormais je ne puis ; Aimez-moy, s'il vous ptaist, grisou comme je suis. Et je vous aimeray quand vous serez de mesme.
â. Var. :
J*estois sot d'appaiser par sonspirs a par larmes Ton caur, qui méfait vivre au milieu des alarmes D'amour, et que six ans n'oat pu jamais ployer.
b. Var. :
Qui sert bien sans parler demande son l^jfer.
Someillant sar(a] ta {ace, 0^ ITioimeur se repose^ . TôDt favy \t humois et tirais à longs traicts De ton estomach sainct un millier de secrets, Par qui le ciel en moy ses mystères expose.
JtapfMÎs en tes vertus n'avoir la bouche close. J'appris tous les secrets des Latins et des Grecs; Tu ne fis un oracle, -et, m'èveiiiant après, Je devins un démon sçavant en toute chose.
J'appris que c'est Amour^ du Ciel le fils aisné. O bon Endymioa , je ne suis estonné Si, dormant pràs la Lune «n un semmeille extrême,
La Lune te 'fit Dieul Tu es un froid amy :
Si i'avois près ma dame un quart d'heure dormy. Je serois non pas Dieu , je lerois les 4ieux mesme.